HomeSociétéAffaire du violeur en série : que reproche-t-on à Fatim Koné ?

Affaire du violeur en série : que reproche-t-on à Fatim Koné ?

Affaire du violeur en série : que reproche-t-on à Fatim Koné ?
Affaire du violeur en série : que reproche-t-on à Fatim Koné ?

Au plus fort de l’émotion suscitée par la révélation des nombreux crimes du meurtrier et violeur en série Zadi Israël (qui depuis, croupit en prison en attendant son jugement), la Nouvelle Chaine Ivoirienne (NCI) a donné la parole, le jeudi 22 avril, à une victime survivante, dans le cadre de son émission « La Télé d’ici ». Ce passage télé a curieusement donné lieu à des commentaires négatifs.

Rappel des faits

Pour l’une des premières fois en Côte d’Ivoire, l’on a pu voir une victime de viol affronter à visage découvert les caméras de télévision pour raconter comment elle avait été piégée via Facebook par une femme lui proposant un casting dans une prétendue agence de mannequinat. La suite sera atroce : séquestrée par deux hommes, menacée de mort, volée, violée par ces derniers non sans l’avoir droguée de force, filmée et soumise à un chantage : bouche bée sinon publication de la vidéo du viol.

Pour rappel, c’est après la découverte du corps sans vie de Sarah Gandon et l’arrestation de son meurtrier présumé (le même bourreau que celui de Fatim), que la police avait lancé un appel à témoin, demandant aux éventuelles autres victimes de viol leur témoignage pour corser le dossier de l’enquête. Sur la trentaine de victimes qui se signalèrent à la police, la majorité préféra  garder l’anonymat. Fatim Koné fut donc l’une des rares à décider de témoigner à visage découvert, chose qui manifestement a (encore) déplu à certains internautes.

La double pression

Comme toutes les autres, Fatim avait au départ choisi la voie du silence mais ses ravisseurs insatiables, la contactaient à nouveau pour lui réclamer plus d’argent. La pauvre avait dû anticiper en témoignant une première fois sur Facebook afin de laver son honneur. Mais elle s’était heurtée au cynisme des internautes-voyeurs, l’accusant de tout inventer, et pire, de sembler « consentante » sur la sextape qui sera publiée en représailles quelques temps plus tard.

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L’annonce de l’arrestation du chef de gang fut donc une belle occasion pour Fatim de sortir de sa torpeur pour réaffirmer sa bonne foi, et surtout mettre en garde les jeunes filles contre les stratégies très rodées des prédateurs sexuels. C’est ce qu’elle fit tout naturellement, cette fois accompagnée d’Hassan Hayek sur le plateau de NCI. Le témoignage de ce dernier, particulièrement émouvant, a dévoilé un aperçu de l’ampleur du phénomène, car il dit avoir reçu des centaines de confidences de femmes et de filles de tous âges, dont certains cas de viol remontent à une décennie.

Quelle ne fut donc notre surprise de constater, sur les réseaux sociaux, une nouvelle volée de bois vert dirigée contre… cette « victime-influenceuse » (sic !), qui ne se gênerait même pas pour aller témoigner à la télévision alors que le criminel n’a pas encore été jugé. Qui ne manifesterait même pas assez d’émotion, pour une femme « soi-disant » violée. Qui chercherait à capitaliser son viol pour devenir une célébrité… Bref. Bien que l’attitude de ces moralisateurs des réseaux sociaux pousse à s’interroger sur de leurs véritables motivations, il convient tout de même d’expliquer aux internautes désorientés, les avantages d’une telle démarche.

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Les avantages du témoignage

1.      Voir une victime témoigner montre aux victimes silencieuses qu’il est possible de parler, de briser cette vilaine loi du silence qui n’avantage que les violeurs. En effet, si toutes les victimes avaient désormais le courage de parler et de dénoncer leur agresseur, sans cette peur d’être jugées ou marginalisées, les violeurs réfléchiraient à deux fois avant de passer à l’acte.    

2.      Voir une victime de viol complètement guérie, restaurée, encourage les nombreuses autres femmes violées et filmées ainsi, à reprendre confiance en elles pour rebâtir leur existence. Le viol est une expérience tellement humiliante et traumatisante que de nombreuses victimes choisissent la voie du suicide, ou sombrent dans un silence, pouvant conduire à la dépression et à des échecs répétés dans tous les domaines.

3. Voir Fatim Koné témoigner nous a permis de briser le réflexe, ô tellement injuste, de condamnation que nous avons vis-à-vis de ces victimes. Ce témoignage à visage découvert change le regard de tout un chacun sur le profil-type de la fille violée, que l’on considérait à tort comme une fille forcément légère, aimant le luxe et l’argent facile, coupable de sa naïveté et qui mériterait presque son triste sort.

4.      Le témoignage de Fatim Koné nous met face à nos propres contradictions, nous place un miroir devant la conscience, pour nous montrer combien nous sommes tous, complices et coupables de la perpétuation de ces actes de viol, par notre propension à promouvoir le silence pour dit-on, « sauver » l’honneur. Mais l’honneur de qui ? de la famille ? de la victime ? ou plutôt du violeur ?

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La loi du silence, une complicité voilée

En effet, cette gêne que suscite la libération de la parole sur le viol est certainement la principale raison des attaques irrationnelles contre la jeune Fatim Koné. Pourquoi s’attaquer à la dénonciatrice, plutôt que de l’aider à dénoncer le mal ? N’est-ce pas là un autre soubresaut de notre honteuse culture du silence ?

Il est grand temps que les moralisateurs de Facebook apprennent à ne pas se tromper de combat. Il est grand temps que les violeurs paient seuls pour leurs actes. Les victimes sont déjà assez meurtries dans leur chair et leur âme pour devoir endurer, en plus, des commentaires malveillants.

Il apparaît urgent qu’un changement de mentalité s’opère sur ce sujet afin que tous les prédateurs sexuels comme Zadi Israël, R-Kelly, Bill Cosby et autres, comprennent une fois pour toutes, qu’ils sont et resteront les seuls coupables de leurs crimes. Ce sera la seule façon de leur arracher l’arme ultime dont ils disposent pour continuer à sévir : le silence des victimes.

Seul le violeur est coupable, et lui seul doit avoir être couvert de honte. Les victimes qui osent témoigner sont plutôt des héroïnes que la société doit magnifier.