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« Nous repartons à la CPI pour que les coupables des 3000 morts soient trouvés »

"Nous repartons à la CPI pour que les coupables des 3000 morts soient trouvés"

De nombreuses personnes souhaitent toujours que lumière soit faite sur les 3.000 morts de la crise ivoirienne. C’est le cas de Pascal Logbo, Pdt du NPR.

1/ Après l’acquittement, Emmanuel Altit, Conseil principal du Président Laurent Gbagbo, a introduit une requête inédite auprès de la Cpi, le 19 juillet 2021, à La Haye. Afin que le dossier de l’affaire soit ouvert au public le plus largement possible et que dans ce but, soit créée une base de données publique. Quelle est votre réaction à cette requête ?

Nous approuvons cette requête de la Défense du Président Laurent Gbagbo, qui vise à mettre à la disposons des contemporains et de la postérité le déroulé et le contenu d’un procès historique pouvant, à toute fin utile, servir à la fois de leçon politico-juridique et de source d’informations historiques sur la crise post-électorale qui a secoué notre pays aux lendemains du 28 novembre 2010. Cette requête est d’autant plus utile que plusieurs n’ont pu assister à ce procès historique. Ce sera donc une occasion pour eux de s’informer intégralement sur son contenu

2/ Pourquoi comptez-vous repartir à La Haye, après l’acquittement total du Président Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé ?

Nous tenons à rappeler que nous avons pris le chemin de La Haye peu de temps après la création de notre formation politique en 2008. En octobre 2008 nous avons fait une saisine du Bureau du Procureur de la CPI pour qu’elle enquête sur les crimes commis en Côte d’ivoire pendant la rébellion qui a attaqué le pays le 19 septembre 2002. Car pour nous il n’était pas question de fermer les yeux sur toutes ces graves violations des droits de l’homme qui ont eu lieu durant cette période. Nous réclamions déjà justice pour toutes les victimes de la barbarie.

Nous faisons ce rappel pour dire que notre combat pour la justice et le respect des droits de l’homme en Côte d’Ivoire est bien antérieur à la crise post-électorale de 2010.
Suite à l’arrestation de Président Laurent Gbagbo le 11 avril 2011, nous avons été les premiers à mobiliser les patriotes ivoiriens de la diaspora pour des manifestations devant la Cour Pénale Internationale les 14 juillet et 17 septembre 2011, afin de protester contre ce qui se préparait contre le Président Laurent Gbagbo.

Car nous craignions que le Président Laurent Gbagbo à qui la guerre a été imposée alors qu’il demandait un recomptage des voix pour traiter pacifiquement la crise, et qui se trouvait, en pareille circonstance, en situation de légitime défense, soit victime d’une justice internationale aux ordres de l’impérialisme. Cette posture nous a conduit à être de toutes les manifestations à La Haye et à Paris pour dénoncer l’injustice dont était victime le Président Laurent Gbagbo.

Mais notre combat pour la justice et le respect des droits de l’homme ne s’arrête pas après l’acquittement du Président Laurent Gbagbo. Notre combat est antérieur à son arrestation. Notre combat n’était pas un combat ad hoc pour exiger uniquement sa libération. Dès lors, vous pouvez comprendre pourquoi nous avons décidé de reprendre le chemin de La Haye, surtout que la CPI n’a pas encore trouvé les responsables et coupables des crimes qui ont fait plus de 3000 morts, et que l’autre camp n’a pas encore été entendu.

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Dans une justice équitable, tous les camps doivent être entendus pour que les responsables et coupables soient trouvés, afin que justice soit rendu aux victimes. Voilà le sens de notre démarche. Pour ne plus que ce qui est arrivé en Côte d’Ivoire se reproduise, il faut mettre fin à l’impunité, pas dans le sens d’une justice des vainqueurs mais dans le sens d’une justice équitable. La Paix et la stabilité de notre pays en dépendent.

3/ Vous avez posté tout récemment sur votre page facebook « allons à la réconciliation, mais laissons la justice faire son travail », que voulez-vous dire au juste ?

La réconciliation n’est pas un laissez-passer offert à l’impunité. C’est une grave erreur de penser le contraire. Car l’impunité peut rendre toute réconciliation fragile, à partir du moment où ceux qui en jouissent peuvent s’en servir comme raison pour commettre à nouveau les mêmes crimes. L’impunité est la mère des crimes à venir. C’est pourquoi une réconciliation durable ne saurait se faire sur l’autel du sacrifice de la justice.

L’impunité crée un sentiment d’injustice, une frustration chez les victimes, frustration de laquelle naît le ressentiment qui peut à la longue déboucher sur la vengeance. L’esprit de vengeance ne saurait garantir la paix ni consolider la réconciliation. C’est pour toutes ces raisons que nous soutenons qu’il faut aller à la réconciliation en laissant la justice faire son travail.

4/ Le Président Laurent Gbagbo libre, pensez-vous que c’est le triomphe de la justice ?

Evidemment, la libération du Président Laurent Gbagbo signifie le triomphe de la justice , et nous ne pouvons que nous en réjouir. Après les passages de plusieurs témoins ayant rendu manifeste la faiblesse de l’Accusation, la Justice internationale, dont la crédibilité était en jeu, ne pouvait que prononcer l’acquittement du Président Laurent Gbagbo et du Ministre Charles Blé Goudé. Pour nous, une décision contraire aurait été le désastre de la justice.

5/ Laurent Gbagbo est dehors, la CPI a fait sa part, en annulation de toute poursuite contre Simone Gbagbo… Votre commentaire.

Simone Gbagbo à la CPI n’aurait pas eu, nous le pensons, un dossier dissocié de celui du Président Laurent Gbagbo. Dans cette affaire, elle serait dans la même situation que le Ministre Charles Blé Goudé. Par conséquent, l’annulation de toutes les poursuites contre Simone Gbagbo n’est que la conséquence logique et juridique de la décision d’acquittement rendue en faveur du Président Laurent Gbagbo et du Ministre Charles Blé Goudé.

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Au sortie de sa rencontre avec le Président Alassane Ouattara le 27 juillet dernier, le Président Gbagbo avait déclaré qu’il était le Chef de fil de son camp lors de la crise post-électorale de 2010, et qu’il n’y avait pas de raison que ceux qui étaient avec lui soient encore maintenus en détention. La CPI a pris sa décision en se fondant également sur cette logique, elle a fait preuve de bon sens, et nous nous en réjouissons.

6/ Comment qualifiez-vous le geste du Président Gbagbo, en faveur de la réconciliation et la libération des prisonniers politiques qui se meurent dans les goulags du pouvoir ?

Le geste du Président Laurent Gbagbo en faveur de la réconciliation et la libération des prisonniers politiques est une expression d’humanisme et de bon sens politique. Plusieurs sont en prison dont le seul crime est d’avoir soutenu le combat politique du Président Laurent Gbagbo.

Pendant que nous soutenons que la réconciliation ne peut pas se faire sans justice, ce qui sous-entend pour nous qu’il faut mettre fin à l’impunité, nous soutenons également que la réconciliation ne peut s’accommoder de l’injustice que subissent tous ces prisonniers politiques. La démocratie ne peut être bâtie véritablement si les citoyens ne sont pas libres d’exprimer leurs choix et leurs opinions politiques par tous les moyens légaux dont ils disposent. Pour réussir la réconciliation, il faut mettre fin à toutes ces frustrations que vivent nos concitoyens.

7 / Vous avez renoncé à votre candidature aux élections législatives à Grand-Zatri. Que s’est-il passé ?

Je vais y répondre, mais cette question est désormais derrière nous, parce que nous devons avancer, c’est ce que nos populations attendent de nous. Grand-Zattry, c’est le village qui m’a vu naître, qui m’a vu grandir, et j’ai une histoire avec la jeunesse de ce village, pour avoir été un principal animateur de stades et de spectacles durant mes années de Collège et de lycée. On m’appelait El Wazo pour certains, Waz-bill pour d’autres.

Vous savez, chez nous, on dit quand un enfant veut marcher, il s’appuie sur les genoux de sa Mère, partant de ce fait, j’avais effectivement annoncé une candidature aux dernières législatives à Grand Zattry chez moi, avant d’y renoncer, pour des raisons non seulement personnelles, motivées par une sagesse politique, mais aussi pour le respect de l’appel au rassemblement qui avait été lancé par le Président Gbagbo, notre référent politique.

J’ai donc dû me retirer pour donner une chance au candidat de l’opposition, parce que nous étions six (6) candidats en liste, issus de l’opposition proches du Président Gbagbo, contre un candidat du PDCI et celui du RHDP. Voilà la principale raison qui a motivé le retrait de ma candidature, avant de rejoindre ma base de la Diaspora, pour mieux préparer les batailles à venir.

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8/ En tant que leader, que préconisez-vous pour la paix, la réconciliation et le vivre ensemble ?

Pour la paix, la réconciliation et le vivre en ensemble nous préconisons le respect des valeurs démocratiques, le respect des droits de l’homme, une véritable justice impartiale et indépendante, la fin de l’impunité et des frustrations d’ordres politique, social et économique auxquelles peut remédier le pouvoir exécutif à travers une politique de bonne gouvernance qui prend véritablement à cœur les problèmes du quotidien que vivent les ivoiriens.

Quand les poids du chômage et de la cherté de la vie deviennent écrasants au point où les ivoiriens ne savent plus à quel saint se vouer, la bombe sociale devient de plus en plus inévitable. Nous ne disons rien de nouveau, l’histoire nous enseigne que des mouvements sociaux nés d’une grande cumulation de frustrations ont fini par emporter des régimes.

9/ Le NPR était dignement représenté par le colonel Honoré Kouma, SG du parti de votre parti, le professeur Venance Bottro et bien d’autres cadres, à la rencontre historique avec le Président Laurent Gbagbo, référent politique de la plateforme EDS, lundi 09 août dernier…

En notre qualité de Parti politique membre de la plateforme politique EDS, nous étions effectivement présent à cette rencontre historique. Avant de poursuivre, je profite de cette occasion pour saluer et féliciter le camarade Secrétaire Général du NPR, le Colonel Honoré Kouma, ainsi que tous les autres cadres, responsables et militants du parti pour tout le travail et tout le sacrifice qu’ils font sur le terrain pour l’avancement du Parti.

A cette rencontre historique dont vous parlez, le Président Laurent Gbagbo a annoncé la création d’une nouvelle formation politique et invite les partis politiques membres d’EDS à l’intégré ou, à défaut, à être des alliés politiques pour poursuivre le combat de la démocratie dans notre pays. Nous avons toujours prôné un grand rassemble de la gauche et même au-delà de la gauche, pour mener le combat pour la démocratie, les libertés et le développement de notre pays.

C’est pourquoi nous saluons cette proposition du Président Laurent Gbagbo. Car les enjeux politiques auxquels nous faisons face sont de nature à nous imposer l’union, le rassemblement pour aller à la conquête du changement.

Nous sommes sensible à son appel. Mais nous demandons la création d’un cadre de discussion nous permettant de nous accorder sur l’essentiel, afin de donner un avis mieux éclairé à cette proposition, après avoir interrogé nos militants et les instances décisionnelles de notre Parti.

Interview parue In Le Temps du 17 août 2021

Ivoirebusiness

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