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Mabri crache ses vérités : «Le Conseil constitutionnel confirme sa mission en faveur du 3ème mandat de Ouattara, héritier de Gon» (Interview)

Mabri crache ses vérités : «Le Conseil constitutionnel confirme sa mission en faveur du 3ème mandat de Ouattara, héritier de Gon» (Interview)
Mabri crache ses vérités : «Le Conseil constitutionnel confirme sa mission en faveur du 3ème mandat de Ouattara, héritier de Gon» (Interview)

Après le désaccord mis au grand jour le 12 mars 2020, au Conseil Politique, Albert Toikeusse Mabri a fini par sortir du RHDP, sur recommandation de son parti, l’UDPCI, le 22 juillet 2020, pour se présenter candidat à la présidentielle (toujours sur recommandation de son parti, UDPCI). Le 14 septembre dernier, sa candidature (comme 39 autres) a été invalidée par le Conseil constitutionnel. Le président de l’UDPCI fait ici de grandes révélations sur ses dernières rencontres avec Ouattara et Gon, sur la manipulation des parrainages, sur ses rapports avec Bédié, sur la CEI et le Conseil constitutionnel.

C’est une question qui constitue l’interrogation dans beaucoup de ménages en Côte d’Ivoire, chez les acteurs politiques mais aussi chez le citoyen lambda. Nous avons vu comment la révision de la liste électorale s’est achevée. Dans des régions, sur cent demandes de carte nationale d’identité, il n’y a même pas eu 30% de retour. Vous avez 70 à 80% de gens qui sont en droit de voter qui n’ont pas pu s’inscrire sur la liste électorale. Justement parce qu’on ne leur a pas délivré de certificat de nationalité auquel ils ont droit. Vous avez également l’inscription sur la liste électorale qui s’est passée dans des conditions difficiles avec le Covid et bien d’autres contraintes.

Qui, là aussi, enregistre des absences sur la liste électorale pour les raisons évoquées plus haut. Ensuite, le parrainage qui est nouveau, que nous venons d’expérimenter avec des dispositions qui ne sont pas pertinentes qui ont été appliquées. On le dit si Kah Zion et moi, nous sommes candidats, que Eddy Péhé est sur la liste des parrains de Kah Zion et sur ma liste, on regarde, si c’est moi qui me suis précipité pour déposer ma liste à la CEI le premier, c’est ma liste qui est valable. On aurait pu faire autrement. Peut-être que même par voie électronique, de sorte que si c’est vraiment moi qui ai eu Eddy, on enregistre de sorte que quand Kah Zion entre ses données, le nom Eddy est rejeté systématiquement. Mais pas dans l’ordre de dépôt des dossiers.

Ou alors, trouver le moyen d’interroger le parrain. Et là encore, ça peut se faire par voie électronique. Lui demander à qui vous avez accordé votre parrainage ? Aujourd’hui, tout est possible. On peut envoyer un message à la personne, lui faire savoir qu’elle est sur deux listes et lui demander d’indiquer la liste qu’elle a parrainée. C’est donc un vrai problème. Il y a évidemment des candidats qui ont eu des dossiers qu’on leur a ramenés, on leur a fait savoir qu’ils ont 2000, 3000 voire 5000 personnes qui se retrouvent sur d’autres listes. Et donc, il faut qu’il les remplace. On ne dit pas sur quelle liste ils se retrouvent, on dit qu’ils sont sur une autre liste. Et on vous dit, vous avez 48 h pour le faire. C’est du temps qu’on a mis pour saisir les noms cas par cas.  Donc le fait de donner 48h aux gens pour leur demander de remplacer les gens a été aussi un problème. Il y a eu des insuffisances sur ces questions. Et puis, il y a bien d’autres questions, logistiques, de formation, de renouvellement de la CEI.

On parle de renouvellement de la CEI dans une ambiance pratiquement de campagne électorale, dans des conditions difficiles. Est-ce que tout cela nous permet d’organiser des élections le 31 octobre dans la transparence ? Un scrutin démocratique qui va conduire à des résultats dans lesquels nous nous reconnaissons et qui apporte la paix à la Côte d’Ivoire, j’ai des doutes là-dessus. Et on interroge la Cei, on les met face à leurs responsabilités. Ils donnent des assurances ; on écoute les partenaires. Vous savez par exemple que le processus de faire en sorte que les résultats soient proclamés bureau de vote par bureau de vote, demande un dispositif à mettre en place et une formation y compris des représentants des candidats. Il faut faire tout cela.

J’ai donc beaucoup de doute sur la pertinence du maintien des élections du 31 octobre. Nous souhaitons que le prochain scrutin présidentiel soit l’occasion du rassemblement des Ivoiriens. Que les conditions qui vont faire qu’en sortant des élections, nous nous retrouvions dans un pays qui marche vers la paix définitive, soient réunies, je ne suis pas sûr que nous puissions les réunir pour le scrutin du 31 octobre. Et là aussi, chacun doit être mis devant ses responsabilités. C’est le cas du président et de tous les commissaires de la CEI.

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Non, je ne m’attends pas à des poursuites. Sur la base de mon bilan, de mes faits d’armes, je ne m’attends pas à des poursuites. Evidemment, si l’on veut reprocher quelque chose à quelqu’un, on peut toujours fabriquer des choses. C’est ce que nous voyons sous les tropiques, malheureusement. Je ne me reproche rien, et donc je ne m’attends pas à des poursuites. Et je l’ai dit en 2016, lorsqu’en pleine campagne pour les législatives, on a dit, on t’attend, sur le RGPH, tu as détourné des milliards, on dit qu’on va t’arrêter quand tu rentres à Abidjan. A Zoukougbeu, j’ai dit que je mettais quiconque au défi de démontrer que j’ai mal géré le RGPH.

Je veux dire que je suis fier de ce que j’ai fait au RGPH. J’ai connu des gestions difficiles dans deux ministères. Et je suis fier des résultats que j’ai obtenus pour la Côte d’Ivoire. C’est au ministère de la Santé. Il me fallait réunifier un système national dans une Côte d’Ivoire divisée en deux. Où nous savons qu’une épidémie au Nord se répand facilement au Sud. Et vice-versa, puisque les populations continuaient de circuler. On avait une épidémie de fièvre jaune qui avait commencé à Duékoué. On avait la polio qui était de retour en Côte d’Ivoire. J’ai réussi à le faire en voyageant dans des conditions difficiles.

Que vous inspire ce verdict d’invalidation de votre candidature ?

Sans surprise, le Conseil constitutionnel, qui vient de voir ses membres être renouvelés par le candidat Ouattara en plein processus électoral, confirme la mission à lui confiée d’œuvrer en faveur du 3ème mandat de l’héritier de Amadou Gon. C’est une honte pour la Côte d’Ivoire qu’ils veulent détruire.

Le RHDP que vous avez quitté dit qu’il est le creuset du rassemblement. Comment réagissez-vous ?

Ça a été notre rêve à Accra et dans bien d’autres rencontres concrétisées le 18 mai 2005 à Paris. Ça a été notre rêve à l’occasion des rencontres historiques à la maison du Pdci. Ça a été notre rêve quand nous avons eu l’occasion d’avoir des Bureaux politiques conjoints. Ça a été notre rêve qui nous a amené en novembre 2010 sans qu’on ait à insister auprès de qui que ce soit, à tenir nos engagements. Je voudrais vous dire que j’étais dans l’Ouest du pays après les résultats du premier tour. J’ai dû prendre le véhicule pour rentrer sur Abidjan. En rentrant, le premier rendez-vous que j’ai sollicité, pratiquement quand j’étais en route et qu’on m’a accordé en arrivant à Abidjan, c’était avec le président Bédié. Je voulais savoir dans quel état d’esprit il était en ce moment-là. Et j’ai été heureux en sortant de cette audience. C’est après ça que je suis allé voir le président Ouattara avec qui j’ai eu une conversation au téléphone.

Et lui-même était dans le doute. Et je lui ai dit, le président Bédié avec qui je viens de parler est quelqu’un qui reste fidèle à notre accord et qui est mobilisé pour cela. Et ça s’est confirmé tout de suite avec nos rencontres, avec la mise en place d’une équipe conjointe de campagne, avec tout ce que nous avons engagé qui a surpris plus d’un, qui a surpris surtout les autres et qui nous a amenés à la victoire. Ça s’est confirmé avec le séjour de cinq mois à l’hôtel du Golf où plus d’une fois, le président Ouattara a demandé à son ainé de rentrer compte tenu de son âge. Nous étions dans des conditions difficiles. Quand je partais voir le président Bédié, c’était dans les 4, 6 mètres-carrés du salon où il me recevait. Moi, je sortais du pays et je revenais. Lui était toujours assis-là. Ça a été le cas quand une ou deux fois, il n’a pas voulu laisser maman Henriette partir. Elle est restée longtemps jusqu’à ce que ce soit dans les dernières semaines qu’elle soit sortie. Ça a été notre rêve en signant le groupement politique en aout 2015 et ainsi de suite.

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Et puis bon, évidemment, au fur et à mesure, le rêve s’est effrité. Chacun est sorti de la maison. Prenez cette grande affiche avec les photos de Bédié, Ouattara, Anaky et moi. Cette affiche que les Ivoiriens aimaient avoir dans leur salon, aux meetings. C’était quatre personnes qui dirigeaient des partis. Mais c’était surtout quatre personnes qui avaient pris l’engagement, la responsabilité de mener un combat au nom d’Houphouët-Boigny, un combat pour la paix, pour la restauration de la Côte d’Ivoire. Aujourd’hui, qui est là-dedans ? C’est ça le plus important. On peut raconter tout le reste. On peut dire qu’on a des dizaines de cadres issus du Pdci, de l’Udpci, du Mfa. Mais en réalité, quand on s’assoit et qu’on analyse, est-ce qu’on peut dire que quand on a été quatre au départ et que trois n’y sont plus, chacun est parti à son rythme et à des moments donnés, suivi, bien entendu, par des cadres également, quand on sait que même au Rdr, il y a eu des départs, il y a aujourd’hui beaucoup d’hésitations et de regrets, est-ce qu’on peut dire que le rêve est encore présent au Rhdp ? Je ne crois pas. C’est malheureux, je n’aurais pas voulu cela, ni hier ni aujourd’hui.

Ça s’est imposé à vous ?

Ça s’est imposé à nous. Parce qu’en nous mettant ensemble, le plus important, c’était la Côte d’Ivoire, les populations ivoiriennes. Ce n‘était pas les ambitions personnelles. Moi, jamais je ne m’associerai avec ce qui ne me parait pas être en faveur de la Côte d’Ivoire que je veux revoir ensemble, unie, mobilisée, donnant ainsi une chance à ses enfants. Et c’est ce qui, moi aussi, à mon tour, après Anaky, après Bédié, m’a amené à me retirer.

Vous dites que cela s’est imposé à vous. C’est dire que c’est avec regret que vous êtes parti ?

 Bien sûr, c’est avec regret. J’aurais voulu que cela n’arrive jamais. Quand les difficultés entre le président Ouattara et le président Bédié ont commencé, j’étais celui qui, de temps à temps, partait voir le doyen.  Et à l’occasion de l’une de nos dernières rencontres, je lui ai dit,  moi tu me manques et c’est le cas de beaucoup d’entre nous. Et je veux que tu reprennes ta place  et que nous ayons l’occasion de mener le débat sur le futur du Rhdp et de la Côte d’Ivoire. Et nous allons tous assumer parce que  je croyais que quand nous  aurions  eu ces échanges francs, les choses allaient mieux aller.  Les rencontres entre ces deux personnalités et les engagements des uns et des autres, je n’en sais rien. Vous vous rappelez cette déclaration de l’appel de Daoukro où j’ai dit que je ne me sentais pas concerné. Je n’y étais pas et je ne sais pas ce qu’ils se sont dit. C’était honnête et sincère quand je le disais. Mais je me disais que si nous avions eu l’occasion de nous parler, ce que nous avons connu ne se serait pas passé. Mais cela n’a pas été le cas. Nous sommes partis, malheureusement. Aujourd’hui, il faut recommencer. Mais je sens que les Ivoiriens nous comprennent et voient la justesse des positions que nous avons observées et c’est cela qui me réconforte.

Il y a quelques semaines, vous avez été investi candidat de l’Udpci pour l’élection présidentielle du 31 octobre. Avec quelles armes alliez-vous à ce combat ?

D’abord avec la conviction. Je pense que dans un combat politique, d’ailleurs dans toute aventure importante, la première chose, il faut avoir de la conviction, croire en soi, croire en son projet. Ensuite avec une dose suffisante de croyance en Dieu qui décide de tout, qui fait que les faiblesses, la peur, le doute cessent de vous habiter. Et donc, vous restez solide avec un objectif que vous visez. Et en ce moment-là, on ne débine pas, on ne tremble pas. Et ça met en confiance les compagnons, les troupes, ça les mobilise. Et c’est ça le moteur qui vous permet d’avancer. Et puis, il y a en troisième position, la justesse de son combat, de son projet. On a de la pertinence dans ses propositions. On ne fait donc pas quelque chose par mode ou par contrainte. Mais on pense apporter quelque chose de nouveau, faire une différence, contribuer à faire avancer la société, faire avancer son pays. Se satisfaire de cette contribution. On se dit qu’on a une offre qui convient au temps actuel, aux générations d’aujourd’hui, contribue à préparer un meilleur avenir pour le pays.

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Parlant d’offre, quels sont les principaux axes de cette offre ?

Je l’ai indiqué plus ou moins à l’occasion de la cérémonie d’investiture. J’ai touché sans entrer en profondeur les axes. Etant entendu que nous voulons, au moment du lancement de la campagne, décliner de manière plus détaillée les choses. D’ailleurs, présenter douze axes. Mais, on peut en rajouter d’autres. Je voudrais dire aujourd’hui que ce pays qui a un potentiel énorme en ressources naturelles, forces de travail, jeunesse de sa population, diversité culturelle, est capable d’avancer plus vite que nous le constatons à condition que nous soyons ensemble, à condition que la cohésion soit renforcée, à condition que nos dépassions tout ce qui nous a divisés. Donc le chantier de la réconciliation, de la cohésion, le rassemblement du peuple de Côte d’Ivoire, des enfants de ce pays qui apprendront à nouveau à partager l’espace où nous sommes, et à travailler à sa grandeur, au bien-être des uns et des autres et de notre communauté nationale en paix avec les autres, est quelque chose d’important. C’est cela justement qui va nous garantir le retour de la paix, qui va mettre en confiance tous nos partenaires, qui va nous préparer à un développement durable. C’est le premier des chantiers, c’est le plus important.

Ça ne signifie pourtant qu’on laisse tomber tous les autres. Mais la condition première, c’est ce que je viens d’évoquer. Et puis après, il y a des questions importantes telles que la sécurité nationale, la défense, la situation de notre armée, l’état d’esprit d’aujourd’hui de nos forces qui, quelquefois, les immobilise, les rend inopérationnelles, fait que le citoyen ne leur fait pas confiance par endroit ou par moment. Et donc finalement, on ne sent pas toujours chez chacun de nous, le climat de protection, de sécurité que la police, la gendarmerie, l’armée peuvent nous apporter. Et pourtant, c’est cela leur mission, régalienne, républicaine. Il faut donc travailler à rebâtir ces forces de défense et de sécurité par la solidarité entre elles, la confiance à l’intérieur et s’attachent selon les lois de la République à exécuter leurs missions au service de l’Etat et des concitoyens.

Pour vous, les Ivoiriens ne se sentent pas en sécurité?

Ce n’est pas que pour moi. C’est ce que nous observons. Dès qu’il y a une petite manifestation, les craintes, les actes, les attitudes, tout contribue à immobiliser nos forces, à mal les utiliser, à créer chez elles-mêmes, des fausses contraintes ou des attitudes qui finalement, deviennent une inertie. C’est de ça je parle. On doit donc faire en sorte que nous ayons confiance en ces forces. Que lorsque je me retrouve avec n’importe quel policier, je ne demande pas comment il s’appelle. A quelle unité il est rattaché. Où est-ce qu’il a été formé. Or, prenez dix Ivoiriens, mettez-les en face de dix gendarmes, policiers ou militaires, il y en a 8 qui poseront ces questions-là. Et pourtant, ce n’est pas forcement la faute du gendarme ou du policier.

Mais parce que le pays a traversé une crise qui impacte encore négativement le tissu social, la confiance qui doit lier les uns aux autres. Et puis, il y a tous les autres axes qui concernent le développement, la question de l’école qui est toujours en crise. La question importante de la santé, de tous les autres secteurs.

Interview réalisée par Eddy PEHE et Paul KOFFI

Source: afriksoir

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