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Laurent Gbagbo – Tidjane Thiam : pourquoi ils peuvent s’entendre

Laurent Gbagbo - Tidjane Thiam : pourquoi ils peuvent s’entendre
Laurent Gbagbo - Tidjane Thiam : pourquoi ils peuvent s’entendre

C’est le grand chambardement sur la scène politique ivoirienne. Tout-puissant il y a peu, le Rassemblement des houphouétistes pour la démocratie et la paix (RHDP) apparaît désormais comme un grand corps malade. Son candidat désigné, qui a été obligé de se rendre plusieurs semaines en France pour des soins dont il ne peut nier la délicatesse, devra convaincre de sa capacité à faire campagne, et à gagner la bataille des coeurs. Alors même qu’au sein de sa propre formation politique, il ne fait pas l’unanimité !

Pour ne rien arranger, l’ancien président Laurent Gbagbo, monstre sacré de l’arène politique, est désormais libre de ses déplacements et de sa parole. Et côté PDCI, même s’il n’est pas (encore ?) adoubé par Henri Konan Bédié, Tidjane Thiam a fait passer plusieurs messages subliminaux : il est désormais certain qu’il pense à la présidentielle qui vient tous les matins en se rasant. Comme il est certain que c’est dans l’osmose entre FPI et PDCI, avant le scrutin et entre les deux tours, que se trouve la clé d’une probable victoire de l’opposition lors du prochain scrutin. Du coup, on se pose la question. Au cas où Henri Konan Bédié finissait par faire la passe à Tidjane Thiam, les choses seraient-elles facilitées avec “l’allié” Laurent Gbagbo ? La réponse est oui. Car un certain nombre de points communs lient les deux hommes.

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La mémoire du “faux complot” de 1963

C’est un traumatisme fondateur, qui a structuré pour longtemps la vie politique ivoirienne. Trois ans après l’indépendance, Félix Houphouët-Boigny jette en prison un certain nombre de personnalités et d’Ivoiriens ordinaires, qu’il accuse d’avoir comploté pour renverser son régime. Parmi eux, Amadou Thiam, le père de Tidjane Thiam… et Laurent Zépé Koudou, le père de Laurent Gbagbo. Cet épisode de l’histoire ivoirienne marquera durablement le jeune Laurent Gbagbo. A propos de ces événements, l’écrivain Marcel Amondji écrivait : “L’entreprise visait à écarter de la scène politique tous les citoyens qui se souciaient plus des intérêts de la Côte d’Ivoire et des Ivoiriens que des intérêts néocoloniaux de la France, à un moment où celle-ci se dotait des instruments de sa nouvelle politique africaine dont la principale base serait la Côte d’Ivoire.” 

Gbagbo, qui s’est longtemps considéré comme un héritier du RDA d’avant “la trahison”, tentera plusieurs fois des alliances avec des embastillés de 1963, qu’il considérait à tort ou à raison comme faisant partie de l’aile “gauche” du PDCI RDA. Parmi eux, l’ancien Premier ministre Seydou Diarra, mais aussi Jean Konan Banny.

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Les derniers mois du pouvoir de Bédié

C’est une partie de l’histoire de Côte d’Ivoire qui est peu connue. Mais à la fin du régime Bédié, certaines figures “modérées” du PDCI se sont rapprochées d’un Laurent Gbagbo progressivement dédiabolisé. Parmi elles, Tidjane Thiam.

« Je me souviens d’un colloque organisé par le FPI et la fondation Jean-Jaurès juste avant le coup d’Etat. Un colloque auquel avaient participé, de manière assez curieuse pour être notée, le directeur de cabinet d’Amara Essy et Tidjane Thiam », se souvient un “vieux routier” proche du parti rose et bleu. Tidjane Thiam qui, après le coup d’Etat de 1999, alors qu’il se cherchait une nouvelle carrière, s’était un moment rapproché des sociaux-démocrates français. Avant de s’en aller vers le monde du conseil et de la finance.

Gbagbo aurait proposé à Thiam…

Toujours selon ce “vieux routier”, Laurent Gbagbo avait proposé un poste de directeur de cabinet à Tidjane Thiam en arrivant au pouvoir en octobre 2000. C’est face au refus du “jeune premier”, qui souhaitait alors tourner la page de la politique active, que Paul-David N’Zi a été finalement coopté. Gbagbo voulait, en effet, tisser des alliances solides avec des forces au sein du PDCI. Et il a essayé, pendant ses dix années au pouvoir, d’avoir les faveurs du “clan de Yamoussoukro”, dont font partie les Thiam.

Très active en coulisses pour préparer le chemin de son frère, Yamousso Thiam a été la conseillère de Laurent Gbagbo en charge de la politique muséale.

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Gbagbo oui, mais les pro-Gbagbo ?

Tidjane Thiam et Gbagbo se connaissent, et – on peut le dire – s’apprécient. Mais les pro-Gbagbo se méfient assez naturellement d’un homme qui est très en cour à Paris, et notamment auprès du président Emmanuel Macron, qui le verrait bien devenir quelqu’un à Abidjan. Et aussi, ils se souviennent que Thiam n’a pas été solidaire de Gbagbo lors des moments terribles de la crise post-électorale. Dans une interview plutôt équilibrée accordée à RFI le 1er avril 2011, où il mettait en garde contre toute solution strictement militaire et contre un écrasement des vaincus, il affirmait toutefois : “Je pense que M. Gbagbo a perdu cette élection parce qu’il a tenu un discours de division et d’agression, et je pense que les Ivoiriens sont fatigués de ça”. Aujourd’hui, les pro-Gbagbo continuent de s’en souvenir. 

Théophile Kouamouo

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