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Interview / Larios Godé (président de la coordination des cadres FPI de la fédération de Yopougon en Europe): « L’opposition est bien partie pour gagner les législatives »

Interview / Larios Godé (président de la coordination des cadres FPI de la fédération de Yopougon en Europe): « L’opposition est bien partie pour gagner les législatives »
Interview / Larios Godé (président de la coordination des cadres FPI de la fédération de Yopougon en Europe): « L’opposition est bien partie pour gagner les législatives »

Militant actif et homme de terrain du parti de Gbagbo, vivant à Londres en Angleterre, et président de la coordination des cadres de la fédération Fpi de Yopougon en Europe, Larios Godé suis avec attention l’actualité sociopolitique en Côte d’Ivoire. Dans cette interview il se prononce sur les élections législatives, la chance de l’opposition et du retour du président Laurent Gbagbo…

Comment se porte la coordination que vous dirigez ?

Merci de me donner la possibilité de faire une adresse au monde en général, et aux ivoiriens en particulier. Pour répondre à votre question, je peux vous assurer que notre coordination se porte très bien. Nous venons de nommer des représentants, que nous appelons les délégués pays, dans quatre pays d’Europe, à savoir la France, l’Italie, l’Allemagne et la Grande Bretagne. Ces derniers ont commencé leur travail et contribuent déjà activement au rayonnement du FPI de Gbagbo au niveau de l’Europe. Mais je vous apprends que nous sommes en train de nous déployer partout dans le monde, et actuellement, nous sommes en contact avec des camardes des Etats Unis et du Canada et d’ici peu, des délégués de notre coordination seront certainement installés dans ces pays. C’est vous dire la vitalité de notre coordination, dénommée « coordination des cadres FPI de la fédération de Yopougon en Europe ».

Quel est votre avis sur la participation de l’opposition et donc du FPI aux législatives en Côte d’Ivoire, après avoir boycotté la présidentielle ?

Je voudrais profiter de votre question pour éclairer nos concitoyens sur cet aspect de la stratégie politique de l’opposition que je soutiens d’ailleurs. D’abord le fait pour un parti politique de boycotter une élection ne signifie pas qu’il ne participera plus jamais à aucune autre élection, auquel cas, le parti n’existerait plus, étant donné qu’un parti politique se crée pour conquérir et exercer le pouvoir d’Etat, toute chose qui se fait à travers des élections. Donc nous au FPI, nous sommes des enfants des élections, comme l’aimait répéter le Président Gbagbo. Mais l’élection présidentielle a été boycottée par l’opposition pour toutes les raisons mille fois évoquées par toute la classe politique de l’opposition et de la société civile, voire par des religieux et non des moindres. On peut toutefois mentionner, parmi ces raisons, la 3ème candidature anticonstitutionnelle du président sortant et tous ses corollaires ; passage en force, usage de la violence comme arme politique par le pouvoir sortant, liste électorale non consensuelle, exfiltration de la démocratie du champ politique, etc. Tout ceci, sous l’œil approbateur des communautés de pression internationales supposées défendre la démocratie. Dans ces conditions, le boycott actif s’imposait. C’est ce qu’a fait l’opposition avec succès. Mais là où se situe le problème c’est que les conséquences du bilan de cette action n’ont pas été tirées par le  pouvoir  RHDP. Alors que tout pouvoir démocratique aurait fléchi au regard de la loi, vu le succès écrasant de cette action politique de l’opposition qui a rencontré l’adhésion de la majorité écrasante du peuple ivoirien.

Face donc à ce pouvoir  qui s’enfonce dans une dictature  à l’encontre de la population, il fallait changer de stratégie, et choisir entre deux maux, le moindre mal. Et dans l’état actuel de notre pays, le moindre mal est de participer aux élections législatives avec l’objectif d’arracher le pouvoir législatif au régime  afin de peser sur la gouvernance du pouvoir Ouattara et réduire justement le fardeau de la souffrance des populations. 

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  Pensez – vous  que l’opposition, qui part  quand même en rang divisé, peut avoir la majorité à ces élections ? Si oui, sur quoi comptez-vous pour le dire ?

Je ne pense pas que l’opposition est divisée actuellement pour ces élections. Il ya certainement quelques incompréhensions internes sur le choix des candidats dans quelques localités électorales du pays. Mais fondamentalement les opposants restent soudés autour de l’objectif commun qui est la défense de la constitution, seul gage d’un climat politique éclairci et apaisé pour le progrès et le bonheur de notre peuple. Et vous verrez qu’à l’issue de ces élections les rangs vont se resserrer entre les opposants pour la suite du combat. Pour ma part donc, ces quelques frictions ne signifient pas une division profonde, donc l’opposition a des fortes chances de gagner ces législatives. Tout va dépendre de la manière dont elle mènera à terme sa campagne sur le terrain auprès des populations qui sont acquises à sa cause, mais qu’il faut rassurer et mobiliser pour participer massivement au vote le jour du scrutin.

Cette assurance qui se dégage de mon analyse se justifie par les résultats du mot d’ordre de boycott actif qu’avait lancé l’opposition lors de la présidentielle d’octobre2020. Toutes les régions de la Côte d’Ivoire avaient répondu massivement et avec résilience à cet appel, malgré la  répression  du régime RHDP.  Les promesses de campagne lors de la présidentielle, n’ont jamais été tenues. J’en veux pour preuve, le prix du cacao fixé par les autorités, avec fierté et large sourire, à mille francs (1000F) CFA, n’a jamais connu un début d’exécution sur le terrain. Pire, les productions sont restées stockées dans les maisons des planteurs sans que cette situation de non achat soit expliquée et que, mieux, des solutions soient trouvées. Les producteurs sont donc dans une précarité insupportable actuellement. Cette situation est aussi valable pour l’hévéa, l’anacarde et bien d’autres produits agricoles. Alors dans une telle atmosphère, qui est prêt à accorder ses voix électives à un tel régime, à moins d’être maso ?

 Je sais que ce peuple saura faire le bon choix lors de ces législatives et l’opposition est bien partie pour les gagner. Il faut juste qu’elle fasse une très bonne campagne auprès des populations en choisissant les bons sujets, qui ne manquent pas d’ailleurs. Et le sujet  de la mévente des produits agricoles en est un.

Le retour du Président Gbagbo en Côte d’Ivoire suscite actuellement des commentaires au pays. Est-ce le moment pour lui de regagner son pays selon vous ?

Ecoutez, tout d’abord, notre constitution interdit à un pouvoir de contraindre un fils du pays à l’exil ! Prescription que ne respecte pas le pouvoir actuel. Alors, si le président Gbagbo est acquitté par la justice internationale qui le tenait captif, il doit avoir le choix de rentrer ou de prolonger son séjour là ou il se trouve, mais cela est de sa seule volonté et non celle de qui que ce soit, encore moins d’un pouvoir illégal. En empêchant le président Gbagbo de rentrer dans son pays, volonté qu’il a clairement exprimée aux autorités ivoiriennes, celles-ci le contraignent à un exil forcé, chose que proscrit notre loi fondamentale. Mais bref, face à des personnes qui ne prospèrent que dans l e désordre et l’illégalité, votre question prend un sens. Sinon, il n’ ya pas de date constitutionnelle pour que quelqu’un qui est libre de ses mouvements, rentre dans son pays, sauf erreur de ma part. Toutes ces manœuvres de conditions doivent être réunies pour son retour, brandies par le pouvoir, ne sont que dilation. En réalité ce pouvoir a peur de l’homme politique Gbagbo et se sent tranquille en son l’absence. Mais quoi que fasse ce pouvoir, Gbagbo rentrera, c’est inéluctable.

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Que pensez-vous de l’alliance EDS-PDCI ?

Cette alliance est une très bonne chose pour nous et pour le retour de la Côte d’Ivoire à un état de droit et de démocratie. En effet, le FPI de Gbagbo porté par EDS et son alliance avec le PDCI-RDA constitue un bloc solide et peut revendiquer la majorité politique au niveau national. Ceci lui donne de réelles chances de conquête du pouvoir d’Etat, si des élections démocratiques et apaisées étaient organisées. Je pense que cette alliance doit se poursuivre et se consolider pour les batailles à venir. D’ailleurs cette alliance a été demandée par le Président Laurent Gbagbo et le Président Bédié. Personnellement je soutiens cette initiative de ces deux grands leaders politiques.

  A Yopougon, votre commune, 6 postes de députés sont à pourvoir. Pensez-vous que vos amis peuvent arracher les sièges au RHDP ?

Bien sûr que ces postes reviendront à l’opposition. Vous avez toujours entendu que la commune de Yopougon était appelé Yopougon de Gbagbo. Bien avant, les postes de cette commune étaient remportés par le PDCI. Le RDR a pu remporter des élections dans cette commune en l’absence du FPI. Mais aujourd’hui le FPI est de retour sur la scène, et son alliance avec le PDCI va absolument dégager le RDR de l’espace politique de la commune de Yopougon. Cette conviction est alimentée par la qualité des six candidats de cette coalition de l’opposition. Je pense que depuis la mise en retrait du FPI de la course aux postes électifs à Yopougon, cette commune a connu d’énormes difficultés tant au niveau de son développement qu’au niveau de sa fierté de vie. Actuellement on ne sent plus cette joie de vivre des populations de cette commune telle qu’on l’avait connue, au point de dire Yopougon la joie. Cette vie joyeuse qui se dégageait à l’époque, a donné place, aujourd’hui, à une certaine morosité. Au niveau des infrastructures routières, vous pouvez constater  qu’elles sont dans un état de dégradation très avancée. Dans certains quartiers, comme Niangon sud Azito, les voies sont impraticables. Ce sont des choses qu’il faut corriger et redonner vie à cette commune qui est une belle vitrine du pays. Les populations sont conscientes que c’est en accordant leur suffrage à la liste du FPI de Gbagbo et du PDCI-RDA de Bédié que ce rêve peut devenir réalité, mais certainement pas en permettant au RDR de continuer sa politique d’exclusion et de rattrapage ethnique. Donc je reste confiant que les six postes de députés seront remportés par nos amis de l’opposition.

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  Des leaders de l’opposition continuent de croupir en prison, d’autres sont en exil. Que doit faire le président de la république pour décrisper l’atmosphère politique ?

C’est pour tout cela que nous luttons et cherchons à mettre à la tête de l’Etat des personnes respectueuses de notre loi fondamentale qui garantit les libertés et les droits des citoyens. Mais vous vous rendez compte que des personnalités de la vie politique et de la société civile ont été jetées en prison sans avoir été en infraction vis à vis de la loi. Pire, ces personnes subissent des traitements inhumains pour la plupart, tel que rapporté par les médias privés et des associations de défense des droits de l’homme. Nombre de ces personnes ne sont pas jugées et croupissent toujours en prison sans savoir ce qu’on leur reproche, quand d’autres sont jugées avec une célérité inhabituelle et condamnées à des peines injustes par des procédures d’une opacité indescriptible. Tout ceci est très inquiétant pour un pays qui veut aller à l’émergence. D’ailleurs, en mettant en veilleuse cette aspiration qui nous était servie en longueur de journée dans toutes les tribunes médiatiques pour se réaliser en 2020, le pouvoir RHDP avoue aujourd’hui en 2021, son échec et son incapacité à conduire le pays au développement.  Et les comportements que nous constatons et décrions ici sont la preuve de cet échec. Demander des actes forts pour décrisper l’environnement politique actuellement veut dire, revenir à la normalité et à la légalité, ce que ne veut pas et ne peut pas ce pouvoir.

 Un ministère de la réconciliation a été créé et est dirigé par KKB. Pensez-vous que le locataire de ce ministère peut relever le défit de l’unité nationale ?

Ceux qui l l’ont nommé ne croient même pas à cette possibilité pour KKB de réconcilier les ivoiriens. Sinon, dans cette atmosphère électrique de l’élection présidentielle, où KKB a été vomi par la classe politique de l’opposition avec la majorité écrasante des ivoiriens, comment peut-on raisonnablement, confier un tel ministère à ce candidat malheureux qui a, contre tous les appels à se retirer de la course pour donner une chance aux discussions avec le pouvoir, a ignoré les aspirations du peuple et est allé à cette élection présidentielle, réduisant ainsi toute chance d’apaisement de la vie politique. Et après son forfait, ce même KKB est choisi par le pouvoir pour revenir auprès de cette même population pour espérer la conduire à la réconciliation. Comment cela peut-il marcher ? D’ailleurs nous constatons que ses premiers résultats ne sont pas encourageants, à juste titre. En choisissant KKB, ils prouvent aux yeux de tous, que leur priorité est ailleurs, confisquer de force, le pouvoir. Mais la vraie réconciliation aura lieu quand tous exilés politiques reviendront au pays, les prisonniers auront été libérés, et que des discussions franches auront été engagées entre le pouvoir et l’opposition pour un retour à la normale. Pour le moment, la voie choisie ne nous semble pas la bonne.

source: Sercom