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Côte d’Ivoire: « Simone et Laurent, une tragédie ivoirienne », Venance Konan

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Côte d’Ivoire: "Simone et Laurent, une tragédie ivoirienne", Venance Konan

Un divorce, c’est avant tout une affaire privée entre un homme et une femme dont, par décence, personne d’extérieur ne devait se mêler sans la permission des concernés. Sauf lorsqu’il s’agit de Simone et Laurent Gbagbo. Parce que ce couple était avant tout un couple politique. Ils ont mené le combat politique ensemble, ont souffert de ses conséquences ensemble et ont conquis le pouvoir ensemble.

Laurent devenu Président de la république, c’était Laurent et Simone au pouvoir. Elle ne cachait pas son influence que personne ne contestait. L’on raconta que c’est elle qui vida l’accord de Linas-Marcoussis de sa substance, et empêcha Laurent de reconnaître sa défaite en 2010. On raconta, on raconta… La tragédie dont nous assistons à la fin avec la demande de divorce que Laurent Gbagbo vient de formuler s’est sans doute définitivement nouée dans le huis-clos que le couple a dû avoir dans les sous-sols de leur palais qui était bombardé par les forces internationales pour mettre fin à la crise post-électorale.

Lorsqu’ils furent extraits de ce sous-sol que l’on baptisa bunker, la seule faveur que Laurent demanda à ses geôliers fut d’être éloigné de Simone. On avait l’impression qu’il venait d’être désenvoûté, et retrouvait enfin ses esprits. Quelques mois plus tôt, c’était une Simone radieuse, habillée de blanc comme si elle allait à un mariage, qui embrassait Laurent sur les lèvres lors de sa prestation de serment en tant que président élu à la suite de l’élection qu’il venait pourtant de perdre. Que s’était-il passé entre ses deux moments ? Toujours est-il que l’un fut envoyé à Korhogo et l’autre à Odienné.

Puis Laurent fut par la suite expédié à La Haye. Lors de sa première rencontre avec Simone le 17 juin dernier, plus de dix ans après, ses premiers gestes semblèrent dire : « éloigne-toi de moi ». Nous sommes à la fin de la pièce. Mais le 27 mars 2011, quelques jours avant que le couple ne soit capturé, j’avais dressé ce portrait de Simone Gbagbo pour le site Slate Afrique sous le titre « En voiture Simone » et que je vous propose de nouveau. En voiture, Simone, n’entends-tu vraiment rien ? Ne vois-tu rien ? Ne sens-tu pas une présence autour de toi lorsque tu te couches dans ton grand lit que ton infidèle de Laurent a déserté depuis longtemps pour le corps plus frais de la belle Nady ? Tu es africaine, Simone, et avant de te lancer dans la politique, tu avais dirigé le Groupe de Recherche sur la Tradition Orale (GRTO).

Tu sais donc que dans nos traditions, comme l’a écrit le poète Birago Diop, « les morts ne sont pas morts, ils sont dans le vent, ils sont dans l’eau qui coule… » Alors, Simone, écoute dans le vent le buisson en sanglot, et tu entendras certainement les gémissements de ces femmes aux corps déchiquetés. Si tu ouvres bien les yeux, surtout lorsque tu as éteint toutes les lumières, Simone, tu verras ces femmes, parfois sans têtes, sans membres, sans corps, tourner autour de toi. Ouvre bien les yeux, et tu verras celles qui sont mortes après avoir subi de multiples viols. Elles te montreront leurs sexes ensanglantés. Tu les vois, Simone, tu les entends ? Elles t’accusent toutes. Elles t’accusent toi, qui aurais dû être leur mère, leur sœur, leur protectrice, d’avoir été leur bourreau. Est-ce vrai Simone ? Est-ce vrai que tu as définitivement fermé ton cœur depuis que tu as accédé au pouvoir ?Simone, Simone ! Qu’a fait de toi ce pouvoir

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Jézabel, la reine qui tuait les prophètes de Dieu et qui détourna Achab de son vrai Dieu afin qu’il adore Baal ? Héra, la femme trompée et jalouse de Zeus ? Es-tu réellement cette femme monstrueuse, cette dame de sang, le mauvais génie de Laurent Gbagbo que décrivent les chroniqueurs et que chanteront pendant longtemps les porteurs de voix ? Je te revois, radieuse, dans ta robe blanche, ce jour où ton Laurent a décidé de se faire investir président de la république de Côte d’Ivoire, alors que les Ivoiriens lui avaient refusé leurs voix. Tu savais qu’il commettait une forfaiture, qu’il usurpait un pouvoir qui n’était plus le sien. Mais il n’était pas question pour toi de revenir en arrière. La Côte d’Ivoire, disais-tu en exergue de ton livre « Paroles d’honneur », avait été donnée par Dieu à l’homme qui partageait ta vie depuis plus de 30 ans sans partager ton lit. Cela t’importait peu je crois, ce qui comptait étant qu’il partage avec toi le pouvoir.

Le pouvoir Simone ! Est-ce la seule chose qui ait jamais compté à tes yeux ? Et toute ta vie, tu ne te serais battue que pour l’avoir ? Ah ta vie, Simone Ehivet Gbagbo. Reprenons-en le fil.Tu nais en 1949, dans la petite tribu côtière des Abouré, 11 ans avant l’indépendance du pays que tu dirigeras plus tard. As-tu souvenance de ce jour où l’indépendance fut proclamée ? Il y a quelques années, tu as déclaré que tu n’avais pas apprécié la manière dont cette indépendance avait été acquise par Houphouët-Boigny. Tu aurais préféré un « non » flamboyant comme celui que Sékou Touré avait dit à de Gaulle. La vraie indépendance, disais-tu, sera celle que ton mari octroiera à la Côte d’Ivoire. Mais en 1960, tu étais trop jeune pour dire ton mot dans cette affaire.

Ton père, Jean Ehivet, gendarme, dont tu as probablement hérité de ta carrure, te trimbalera de ville en ville à travers le pays, au gré de ses affectations. C’est sans doute ce qui t’a permis de parler une bonne partie de nos langues. C’est ce père qui te transmet sa foi catholique. Après tes études couronnées par un doctorat de troisième cycle en littérature orale, tu deviens enseignante chercheur. Tu militeras alors activement dans le syndicat des enseignants qui représentait à cette époque la seule opposition véritable au pouvoir d’Houphouët-Boigny. C’est au sein de ce syndicat que tu rencontreras Laurent, qui deviendra ton époux, après le père de tes trois premières filles. Avec lui vous vous formerez au marxisme, sous la conduite du poète Zadi Zaourou, celui que l’on appelle le père de la gauche ivoirienne.

Avec Laurent tu seras plusieurs fois arrêtée. En 1982, tu participes à l’organisation de la grande grève des enseignants qui vaudra à Laurent de fuir le pays, te laissant toute seule avec tes enfants qui étaient désormais cinq. Au retour de Laurent en 1989, vous créez ensemble le Front Populaire Ivoirien, l’un des premiers partis politiques d’opposition qui sera officialisé en 1990, après les grands mouvements sociaux qui avaient ébranlé le pouvoir trentenaire de celui qu’on appelait « Le Vieux ». En 1990, Laurent est élu député. Toi tu prends les rênes du parti, même si tu n’en es pas officiellement la secrétaire générale.

Tout le monde sait que le vrai patron du FPI, c’est Simone. En 1992, après une marche qui a dégénéré en violence à travers les rues d’Abidjan, tu es arrêtée avec Laurent et son premier fils Michel, celui qu’il a eu avec une Française, par Alassane Ouattara qui était Premier ministre. Il n’empêche que lorsque celui-ci sera combattu par Henri Konan Bédié qui avait succédé à Houphouët-Boigny, votre parti s’alliera à lui. En 1995, tu rejoins Laurent à l’Hémicycle. Tu es députée de la commune d’Abobo, à Abidjan. Tu n’es pas femme à te contenter d’être l’épouse d’un homme politique. Tu es une femme politique. En 1996, Laurent et toi êtes victime d’un grave accident de la route.

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Tu échappes à la mort par miracle. C’est alors que tu rencontres le pasteur Moïse Koré, celui qui deviendra le très officiel conseiller spirituel de ton époux après son accession au pouvoir, et officieusement son négociant en armes. C’est lui qui te fait découvrir la foi évangélique. En 2000, par un de ces retournements de situation dont seule l’Afrique a le secret, Laurent se retrouve à la tête du pays. Tout le monde se souvient de ces larmes que tu avais versées le jour de son investiture. Ton heure était arrivée. Laurent et toi, étiez arrivés au pouvoir. « Dieu nous a donné la Côte d’Ivoire » écriras-tu plus tard. Tu n’es pas femme à s’occuper d’œuvres sociale sous le prétexte que son mari est Président de la république. Tu te feras élire députée de la même commune d’Abobo, vice-présidente de l’Assemblée nationale et première vice-présidente du FPI, le nouveau parti au pouvoir.

Alassane Ouattara avait été empêché de se présenter aux législatives par Laurent Gbagbo, son ancien allié, tout comme il avait été empêché de se présenter à la présidentielle par Robert Guéï. Ses militants descendent dans les rues pour protester. Certaines femmes sont envoyées à l’école de police et violées. Tu en es informée. « Mais qu’avaient –elles à aller manifester dans les rues ? » t’exclames-tu devant la nation ébahie. Et peu de temps après, la télévision te montre, priant presqu’en état de transe, dans un temple évangélique. Toutes tes interventions sont truffées de citations bibliques. Et tu répètes à tous propos que « c’est Dieu qui donne le pouvoir, c’est Dieu qui le reprend. » L’on commence à s’interroger.

D’autant plus que tu t’affirmes presque comme une co-présidente de la république. Tu disposes d’un cabinet, comme le président de la république, tu reçois des acteurs sociaux, comme une présidente de la république, et tu déclares au magazine français L’Express : « tous les ministres ont du respect pour moi. Et on me situe souvent au-dessus d’eux. » L’on apprend dans le même temps que Laurent a délaissé ta couche pour celle de la nordiste Nady Bamba. Il l’a même épousée selon les traditions musulmanes, lui le chrétien qui t’avait suivi dans la foi évangélique.Puis survient du nord du pays la rébellion de 2002. Laurent et toi conservez le pouvoir de justesse.

Certains de vos proches sont tués, et le pays coupé en deux. Surgissent alors des escadrons de la mort qui assassinent tous ceux qui sont soupçonnés de soutenir la rébellion, du fait de leur origine nordiste. Et ton nom commence à être associé à ces escadrons qui sèment la terreur. Ton masque se durcit. Tes propos contre les populations du nord et les immigrés aussi. Après l’accord de Linas-Marcoussis qui consacre le partage du pouvoir avec la rébellion, la chronique rapporte que tu aurais giflé Affi N’guessan, le premier ministre de ton mari, pour l’avoir signé. Tu te bats bec et ongles pour vider cet accord de toute substance. Les escadrons de la mort sévissent de plus belle.

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Ils ne cesseront leurs sinistres opérations que lorsque Laurent et toi auriez été accusés d’en être les vrais patrons, et menacés de traduction devant la Cour Pénale Internationale. Mais tu restes la « mère » des « jeunes patriotes » de Blé Goudé qui te vouent une véritable dévotion. Prise d’une frénésie d’enrichissement, tu achètes de nombreuses entreprises, fais des dépenses somptuaires au cours de tes voyages, et tu te construis un immense palais à Moossou, ton village natal. Tout le monde dans le pays a peur de toi. Cahin-caha, la Côte d’Ivoire arrive à l’élection présidentielle en octobre 2010, sur fonds de rumeurs de rivalité entre Nady Bamba et toi. Pendant la campagne électorale, tu fais une longue tournée dans les régions du nord, le terrain de Nady. Celle-ci t’y emboîte le pas, demandant aux populations de voter pour « son mari ».

Au premier tour Laurent est sévèrement battu au nord. Tu en profites alors pour reprendre les rênes de la campagne qui étaient entre les mains de Nady. Laurent perd cette fois-ci dans tout le pays. Selon la chronique, Nady lui aurait conseillé de reconnaître sa défaite. Ce contre quoi tu te serais radicalement opposée. Tu aurais même dit à Laurent « si tu fais cela, c’est que tu n’en as pas dans la culotte. » Juste les mots qu’il fallait pour fouetter l’orgueil du mâle ivoirien. Laurent en a dans la culotte. Il l’aurait prouvé à de nombreuses femmes durant son règne de dix ans. Il ne cachait d’ailleurs pas qu’il adorait la bagatelle. Laurent se cabre donc et refuse de quitter le pouvoir, pour le grand malheur du peuple ivoirien.

Le 15 janvier dernier, tu as rassemblé tous tes partisans au Palais de la culture, tu as dansé devant eux, et entre deux prières à Dieu, tu as proclamé que jamais Laurent et toi ne laisserez le pouvoir à Alassane Ouattara que tu as qualifié de « chef bandit ». Et Abobo, le quartier dont tu es la députée, mais qui a eu le malheur de voter pour Alassane Ouattara, est pilonné chaque jour par vos miliciens. Le 3 mars, ils ont tiré sur des femmes rassemblées devant la mairie, tuant sept d’entre elles. Le 15 mars, ce sont des obus qu’ils ont tiré sur un marché, et une trentaine de personnes, dont de nombreuses femmes, ont encore perdu la vie.

La Côte d’Ivoire est à feu et à sang. Des cadavres s’entassent dans les rues. Les morts se comptent par centaines. Des personnes blessées d’Abobo refusent d’aller à l’hôpital de crainte d’y être achevées. Vos miliciens considèrent tout blessé venant d’Abobo comme un rebelle. Ton mari a fait couper l’eau et l’électricité dans le nord du pays ainsi que dans les quartiers favorables à Ouattara.

Les enfants meurent de faim, de soif. Rien de tout cela ne t’a tiré la moindre larme de remords, le moindre mot de compassion. Votre télévision a dit que les femmes mortes à Abobo, c’était du chiqué, du bidonnage. Laurent et toi refusez de quitter le pouvoir. Dieu l’a donné à Laurent. Et à toi. Seul lui pourra vous l’enlever. Qu’ont donc ces femmes et ces hommes à contester votre pouvoir, ton pouvoir à toi, Simone la Jézabel ? Souviens-toi tout de même. Lorsque Jézabel est morte, son corps a été jeté aux chiens.

Abidjantv

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