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COJEP: Patrice Kouté explique les raisons de sa démission du parti

COJEP: Patrice Kouté explique les raisons de sa démission du parti
COJEP: Patrice Kouté explique les raisons de sa démission du parti

Ex vice-président du Cojep chargé des Relations avec les Institutions de la République, ex directeur de cabinet de Charles Blé Goudé, ex président Cojep Europe, Obou Patrice Kouté, a rendu sa démission, mercredi 22 septembre 2021, de ce parti politique. Dans cet entretien exclusif, l’ex-collaborateur de Blé Goudé revient sur les motifs de sa décision.

Vous avez annoncé à travers un communiqué largement relayé sur les réseaux sociaux, votre démission du COJEP. Pourquoi avez-vous décidé de lâcher Blé Goudé ?

Le mot lâché est un peu trop fort en politique. Moi, je ne suis pas Pierre Bérégovoy. Je ne peux pas me suicider parce que je dois à une  personne ou à une autre. Quand nous sommes dans une association comme un groupement politique, chacun a sa vision. Et vous épousez une seule vision, c’est-à-dire un projet de société ou de gouvernement. Le Congrès panafricain pour la justice et l’égalité des peuples (Cojep) était un mouvement de soutien au président Laurent Gbagbo qui était au pouvoir. Ensuite, nous sommes devenus un parti politique. Mais jusque-là, on n’explique pas réellement pourquoi nous sommes devenus un parti politique.

En 2009, le Congrès que nous avons eu à Yamoussoukro, il y avait un seul point à l’ordre du jour qui était, ‘’Le Cojep peut-il devenir un parti politique’’ ? A cette époque, moi, j’avais battu campagne pour le oui. Le président Laurent Gbagbo étant encore au pouvoir, Les Nouvelles Générations de Stéphane Kipré avait basculé en parti politique, j’estimais qu’il était logique que le Cojep soit aussi un parti politique. Mais j’avais été mis en minorité et nous avons continué à évoluer comme un mouvement de soutien au président Laurent Gbagbo et des Institutions. Ensuite, alors que le président Laurent Gbagbo est en prison, on décide de transformer le mouvement en parti politique.

Cette fois-ci, j’ai battu campagne pour le non. Une fois encore, j’ai été mis en minorité, bien évidemment nous sommes en politique. Depuis que le Cojep est devenu un parti politique, quel changement avons-nous apporté réellement aux Ivoiriens ? Il y a des gens qui sont devenus président de la République sans créer de parti politique. Les Gilets jaunes sont très célèbres en France, mais ils ne sont pas au sein d’un parti politique. Des gens comme Jean Luc Mélenchon, qui est une grosse bosse de la politique française, jusque-là, il ne peut pas devenir président de la France, parce qu’il n’a aucun projet. Je n’ai pas lâché Blé Goudé. Nos relations fraternelles sont au mieux.

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Je n’ai plutôt pas épousé des petites tournures de phrases et je le prends au mot. Des phrases telles que « le président Gbagbo est mon référent politique’’, « quand il est en course, sa conclusion est mon introduction’’. Le président Gbagbo n’a pas encore dit qu’il a conclu son parcours, la preuve, aux législatives dernières, il a présenté des candidats sous la bannière d’Eds avec le professeur Georges Armand Ouegnin et Michel Gbagbo. Mais à notre grande surprise, le Cojep était sur une autre liste pour aller en compétition contre la liste d’Eds.

On note que votre départ du Cojep intervient à une période un peu sensible, c’est-à-dire à un moment où le président Gbagbo a lancé l’idée de création d’un nouveau parti. Est-ce qu’il y a un lien entre ces deux événements ?

Oui parce qu’à la base, j’étais militant du Fpi conduit par le président Laurent Gbagbo. Quand je rencontrais Charles Blé Goudé à Londres, j’étais secrétaire général d’une section du Fpi à Londres. Et puis, j’étais le conseiller du représentant du Fpi à Londres, Georges Baoutou. Pour dire que j’étais militant du Fpi. Charles Blé Goudé et moi, nous nous sommes rencontrés à Londres quand il était venu animer une conférence dont le thème était : « Le règlement des conflits par les Africains eux-mêmes, le cas de la Côte d’Ivoire’’.

Et c’est après cette conférence que nous nous sommes rencontrés et il m’a demandé de travailler avec lui (…). Et c’est après des échanges avec le représentant du Fpi à Londres que j’ai accepté de travailler avec lui. Et il m’a investi, le 13 mars 2002, à Londres comme le premier représentant du mouvement. Ensuite, je me suis organisé avec des camarades pour investir des représentants dans les pays essentiels de l’Europe.

Parmi les raisons de votre démission que vous aviez énumérées dans votre communiqué, figure l’opacité au niveau de la gestion financière au sein du Cojep que vous avez dénoncée. Pourquoi avez-vous attendu ce moment pour fustiger ces manquements ?

Quand vous voyez un homme politique qui fait une déclaration pareille, c’est qu’il en a parlé à des réunions, au leader lui-même, à certains responsables en interne. Mais quand il n’y a pas de retour, vous vous dites que ça n’en vaut pas la peine. Et c’est vrai, le Cojep n’a pas de compte en banque, pis le parti n’a pas de récépissé. Bref, tout ce que j’ai énuméré dans ma déclaration, ce sont des choses que j’évoquais en interne au niveau de la haute direction du parti. C’est malheureux que cela arrive sur la place publique. Je ne dis pas cela pour accuser ou indexer Blé Goudé ou qui que ce soit. J’observe et je dis que quand on veut diriger, on doit avoir un minimum de morale.

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Quand il y a une activité du parti où il y a de l’argent qui est mobilisé, après cette activité, les responsables des finances du parti peuvent nous appeler pour faire au moins le point. Mais cela n’est pas le cas. Nous ne pouvons pas toujours critiquer les autres alors que notre cour n’est pas balayée. Je voudrais préciser que je ne suis pas un accusateur, encore moins là pour régler des comptes. Je fais des analyses intellectuelles.

Est-ce à dire, selon vous, que le Cojep ne fonctionnait pas comme un parti politique ?

Le Cojep ne fonctionne pas comme un parti politique. Un parti politique, il y a des débats internes à mon sens. Je veux dire qu’au sein du Front Populaire Ivoirien que le président Laurent Gbagbo dirigeait, il y avait des débats à l’intérieur de ce parti. Même après son retour de La Haye, il a mis sur la table certaines décisions qu’il veut prendre. Un parti politique, ce n’est pas un prêt à penser et imposer son point de vue.

Est-ce que vous avez partagé votre idée de quitter le Cojep avec Blé Goudé ?

Je lui ai fait trois notes de façon séquentielle. La première note, c’était pour lui faire des propositions. Je lui dis, président, je suis à Abidjan et voici ce que je vois et ce que j’entends. Le président Laurent Gbagbo est arrivé, tu as toujours dit qu’il est ton référent politique, ton mentor. Qu’est-ce que nous devons faire maintenant ? Il m’a donné des réponses. J’ai envoyé une deuxième note, ensuite une troisième note et la communication s’est arrêtée. Je veux préserver ces causeries très privées. Car, ce ne sont pas des choses à divulguer. Blé Goudé et son collaborateur que je suis, nous nous sommes dit des choses. C’est après mes trois notes que j’ai vu, j’ai constaté et j’ai conclu que Blé Goudé et moi, nous n’étions plus sur la même longueur d’onde.

Vous indiquiez dans votre déclaration que votre futur président va respecter l’engagement de Blé Goudé auprès du président Gbagbo. Qu’est-ce que vous voulez dire exactement ?

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En fait, j’ironise un peu pour dire, tout ce que Charles Blé Goudé a dit, moi je vais mettre cela en pratique auprès du président Gbagbo. C’est-à-dire qu’il aura, au moins aux côtés du président Gbagbo, un élément qui va respecter ce que lui-même a dit comme j’ai cité le Dalaï Lama. En d’autres termes, je dirai que regardons nos gestes au lieu que nous écoutions nos paroles. Donc, je reviens à la maison pour aller dans le nouvel outil que le président Laurent Gbagbo va mettre en place. Ensuite, je veux dire aux responsables du nouvel outil politique qui sera créé, que moi, je suis collaborateur de Charles Blé Goudé, mais je suis avec vous.

Avez-vous la conviction que la place du Cojep est au sein du nouveau parti politique que le président Laurent Gbagbo veut mettre en place ?

Oui. Mais ce qui est étonnant, c’est quand tu dis à tout le monde que le président Laurent Gbagbo est ton référent, et pourtant tu soutiens que c’est quand tu vas rentrer en Côte d’Ivoire que tu sauras s’il faut mettre le Cojep à la disposition de Gbagbo ou pas. C’est cette incohérence que je ne comprends pas. Pourquoi Blé Goudé hésite-t-il à donner sa position sur un nouvel instrument politique que son mentor est en train de créer ?

J’estime que le président Gbagbo n’avait pas besoin d’aller vers le Cojep pour avoir sa position. Le Cojep devrait adhérer à cette idée sans hésiter. C’est ce que je n’ai pas compris. Je veux dire qu’on peut faire de la politique, mais il faut respecter les autres. Car en réalité, c’est la population qui est l’employeur du président de la République qui veut être élu. Quand quelqu’un veut être président de la République, il vient soumettre son projet au peuple et c’est ce peuple qui lui donne la caution.

Donc vous devenez l’employé du peuple. Donc vous, envers ce peuple, vous devez faire preuve d’humilité, de loyauté et de probité. En Europe, l’homme politique démissionne quand les choses ne vont pas bien dans son parti. Mais ce n’est pas le cas en Côte d’Ivoire. Moi, j’ai démissionné du Cojep parce que je ne me sentais plus dans un milieu où on vous impose tout.

 

Afriksoir

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