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Cardinal Kutwa : « Comment comprendre que des jeunes en tuent un autre, lui coupent la tête et jouent au foot avec son crâne ? »

Cardinal Kutwa : « Comment comprendre que des jeunes en tuent un autre, lui coupent la tête et jouent au foot avec son crâne ? »
Cardinal Kutwa : « Comment comprendre que des jeunes en tuent un autre, lui coupent la tête et jouent au foot avec son crâne ? »

Le Cardinal Jean Pierre Kutwa, Archevêque d’Abidjan s’est exprimé, à l’occasion de la 54ème Journée mondiale de la paix, célébrée le mardi 29 décembre 2020, à la cathédrale Saint Paul d’Abidjan.

Le Pape François achève son message en insistant sur le fait ‘‘qu’il n’y a pas de paix sans la culture du soin. En effet, la culture du soin, cet engagement commun, solidaire et participatif pour protéger et promouvoir la dignité et le bien de tous, cette disposition à s’intéresser, à prêter attention, à la compassion, à la réconciliation et à la guérison, au respect mutuel et à l’accueil réciproque, constitue une voie privilégiée pour la construction de la paix.’’ Fin de citation

Excellences, Frères et sœurs,

Voici résumées les grandes lignes du message de Sa Sainteté le Pape François pour la célébration de la 54ème Journée mondiale de la Paix, message qui nous invite à la culture du soin comme parcours de paix. En ces heures qui sont les dernières de cette année 2020, une année marquée au niveau mondial par la grande crise sanitaire de la Covid-19 mais aussi au niveau local par les élections dans notre pays, je voudrais reprendre, en quelques mots, certains éléments de ce message, pour nous exhorter à tout mettre en œuvre pour qu’advienne la paix dans notre pays.

Pour mémoire, je voudrais rappeler que le Pape invitait chacun de nous ‘‘à devenir prophète et témoin de la culture du soin afin de combler de nombreuses inégalités.’’ Sur cette base, je voudrais féliciter et encourager le gouvernement pour l’initiative heureuse du Programme Social du gouvernement, cet instrument de renforcement de la dimension sociale de la politique du Président dont le but ultime est d’améliorer les conditions de vie de toutes les populations, notamment les couches les plus défavorisées.

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Mais à la faveur de l’élection présidentielle d’octobre dernier, ce qu’il nous a été donné de voir devrait interpeller plus d’un ! En effet, si le bilan officiel fait état de quelque 85 morts, ce sera toujours 85 morts de plus, de trop ! Les affrontements que nous avons connus, la destruction des biens, les handicaps à vie, sont autant d’éléments qui nous poussent à nous interroger sur le soin à apporter à l’autre ! En effet, comment comprendre que des Ivoiriens en soient arrivés à tuer, à brûler des habitations avec leurs occupants à l’intérieur ? Comment comprendre que des jeunes en tuent un autre, lui coupent la tête et jouent au foot avec son crâne ? Comment comprendre que des personnes qui vivaient en bonne intelligence dans nos quartiers et villages, en soient arrivés à de tels affrontements.

Oui, nous avons du chemin à parcourir et notre responsabilité à tous est grande et ce n’est point le moment de montrer du doigt et du regard accusateur quiconque si nous voulons reconstruire notre pays. A la faveur de la rentrée pastorale, j’avais eu ces mots à l’endroit de nos politiques : ‘‘c’est à vous qu’il revient d’être sur terre les promoteurs de l’ordre et de la paix entre les hommes. Mais ne l’oubliez pas: c’est Dieu, le Dieu vivant et vrai, qui est le Père des hommes…

C’est lui, le grand artisan de l’ordre et de la paix sur la terre, car c’est lui qui conduit l’histoire humaine, et qui seul peut incliner les cœurs à renoncer aux passions mauvaises, qui engendrent la guerre et le malheur. C’est lui qui bénit le pain de l’humanité, qui sanctifie son travail et sa souffrance, qui lui donne des joies que vous ne pouvez pas lui donner, et la réconforte dans des douleurs que vous ne pouvez pas consoler… Serait-il possible que nos leaders politiques que vous êtes, nous offrent non pas seulement en paroles, mais en actes le merveilleux cadeau d’une année électorale 2020 calme et paisible?

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Savez-vous que nos populations vivent dans la hantise parce que chaque petit heurt débouche sur des conflits et que tout se règle désormais dans la violence ? Serait-il possible que dès maintenant, comme une charte que je vous propose, chacun de vous décide de faire aux autres ce qu’il veut qu’on fasse pour lui ? Mieux, serait-il possible que chacun de vous ne fasse pas aux autres ce qu’il ne voudrait pas qu’on lui fasse ? Faites donc aux autres ce que vous voulez qu’ils fassent pour vous !’’ Fin de citation.

Tous, gouvernants et opposition, Ivoiriens et étrangers, habitants de la Côte d’Ivoire, nous sommes appelés à être prophètes ! Je cite le Pape François : ‘‘regardons autour de nous : combien de blessures le mal inflige-t-il à l’humanité ! Guerres, violences, conflits économiques qui frappent celui qui est plus faible, soif d’argent, que personne ne peut emporter avec soi, on doit le laisser. Ma grand-mère nous disait à nous enfants : le linceul n’a pas de poches. Amour de l’argent, pouvoir, corruption, divisions, crimes contre la vie humaine et contre la création ! Et aussi – chacun de nous le sait et le reconnaît – nos péchés personnels : les manques d’amour et de respect envers Dieu, envers le prochain et envers la création tout entière.’’ Fin de citation.

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Je ne voudrais pas m’étendre plus longuement. Je prie et souhaite que mes propos de ce jour trouvent un écho favorable dans nos cœurs.

Pour terminer, je voudrais reprendre à mon compte les mots du Saint Père le Pape François : ‘‘en ce temps où la barque de l’humanité, secouée par la tempête de la crise, avance péniblement à la recherche d’un horizon plus calme et serein, le gouvernail de la dignité de la personne humaine et la “boussole” des principes sociaux fondamentaux peuvent nous permettre de naviguer avec un cap sûr et commun… Tous ensemble, collaborons pour avancer vers un nouvel horizon d’amour et de paix, de fraternité et de solidarité, de soutien mutuel et d’accueil réciproque. Ne cédons pas à la tentation de nous désintéresser des autres, spécialement des plus faibles ; ne nous habituons pas à détourner le regard, mais engageons-nous chaque jour concrètement pour former une communauté composée de frères qui s’accueillent réciproquement, en prenant soin les uns des autres…

J’adresse à tous mes meilleurs vœux pour que cette année puisse faire progresser l’humanité sur la voie de la fraternité, de la justice et de la paix entre les personnes, les communautés, les peuples et les États.’’ Fin de citation. Que Dieu nous donne la claire vision de ce que nous devons faire et la force de l’accomplir, Lui qui est vivant, aujourd’hui, demain et dans les siècles sans fin ! AMEN

Bonne, heureuse et sainte année 2021.

Jean Pierre Cardinal KUTWÃ,

Archevêque Métropolitain d’Abidjan