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Blé Goudé sur France 24: « Je voudrais humblement demander pardon à mes frères ivoiriens »

Blé Goudé sur France 24:
Blé Goudé sur France 24: "Je voudrais humblement demander pardon à mes frères ivoiriens"

Charles Blé Goudé, président du Cojep et totalement acquitté, avec son co-accusé Laurent Gbagbo, par la Cour pénale internationale (CPI) a accordé une interview, le jeudi 1er avril 2021 à France 24. Afriksoir.net vous propose l’intégralité des échanges.

Charles Blé Goudé, président du Cojep et totalement acquitté, avec son co-accusé Laurent Gbagbo, par la Cour pénale internationale (CPI) a accordé une interview, le jeudi 1er avril 2021 à France 24. Afriksoir.net vous propose l’intégralité des échanges.

Qu’en est-il de votre demande de passeport, vous l’attendez maintenant c’est cela ?

Je pense que l’Ambassade de la Côte d’Ivoire, ici aux Pays Bas, qui est à Laye et non en Belgique comme certains l’ont prétendu, a mes documents. Et j’attends d’être convoqué pour faire mon enrôlement. J’attends, sinon tous mes documents ont été déposés, il y a juste quelques semaines. J’attends que je sois convoqué pour que je puisse rentrer en possession de mes documents parce qu’il faut que je puisse me faire prendre mes empreintes.

J’ai toujours pensé que ce n’est pas seulement une procédure administrative, la question du passeport de Charles Blé Goudé est une question éminemment politique. J’attends que les autorités puissent donner des instructions pour que cela soit fait. Mais je ne leur mets pas de pression. Les autorités ivoiriennes sauront agir en temps opportun.

Alors, il y a une question qui se pose, un obstacle peut-être, en décembre 2019, vous avez été accusé par la justice ivoirienne d’acte de torture, d’homicide volontaire, de viol et condamné par contumace à 20 ans de prison. Alors une question toute simple mais cruciale, si vous rentrez en Côte d’Ivoire, est-ce que vous ne craignez pas d’être arrêté ou est-ce que vous espérez de la part du pouvoir un geste par rapport à cette condamnation, une amnistie, une grâce ou quelque chose d’autre ?

J’espère de la part du pouvoir un geste, une amnistie ou une grâce. Parce que je pense que notre pays en a besoin. Vous savez le pardon, qu’on l’accorde ou qu’on le demande, est une case dont la Côte d’Ivoire ne peut pas se passer. Au-delà de ma personne, j’ai profondément une pensée pour tous les Ivoiriens. Parce que nous les politiques, nous parlons de nous. Je souhaite qu’un geste soit fait pour décrisper cette atmosphère pour que le président Laurent Gbagbo et moi, nous puissions rentrer chez nous et qu’on puisse tourner cette page. J’ai fait  deux ans et demi en exil au Ghana, j’ai fait 14 mois à la Dst, j’ai fait 7 ans à la Cpi, je pense que j’ai assez payé.

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Ce que je souhaite, qu’on puisse tourner cette page. Je fais cette demande au chef de l’Etat ivoirien, je fais cette demande aux autorités ivoiriennes de faire un geste en notre faveur pour que nous puissions rentrer en Côte d’Ivoire auprès des nôtres qui nous ont manqués, auprès des Ivoiriens pour que nous puissions prendre notre place dans la société ivoirienne et dans la construction de la Côte d’Ivoire nouvelle.

Donc vous demandez ce geste également pour Laurent Gbagbo qui, lui aussi, a été condamné dans une autre affaire également en attente ?

Bien-sûr que le président Laurent Gbagbo et moi sommes liés. Nous sommes liés juridiquement, nous sommes liés politiquement. Et je ne peux pas parler de moi sans parler de Laurent Gbagbo. J’ai traversé toutes ces difficultés avec lui. Et je pense que c’est mon soutien à sa personne, à son combat qui m’a envoyé  ici. Laurent Gbagbo est mon leader et quand je demande un geste, c’est un geste global. Je demande que le pouvoir Ouattara fasse un geste pour le président Gbagbo et pour moi. C’est vrai, je ne suis pas son porte-parole mais je partage ces douleurs avec lui et je pense que nous avons exprimé notre volonté de rentrer en Côte d’Ivoire.

Vous n’aviez pas le droit de vous exprimer sur la procédure devant la Cour pénale internationale. Maintenant vous êtes libre de le faire. Qu’est-ce que vous voulez dire ?

Je pense que cette procédure a été longue mais il fallait être patient. Le président Laurent Gbagbo et moi, nous avons été patients. On ne se reproche rien. On n’a pas peur de la justice et on ne doit pas craindre la justice. Un citoyen qui est suspecté d’avoir commis des crimes peut venir à la Cpi pour se soumettre à un procès et il peut être reconnu innocent et repartir chez lui. Depuis hier, la Cour pénale internationale, par la Chambre d’Appel, a estimé que le président Laurent Gbagbo et moi, nous sommes innocents et que nous devons rentrer chez nous. Je suis content d’avoir subi ce procès.

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Je veux que les responsabilités soient situées, parce qu’il y a eu des morts. Il y a des orphelins, beaucoup de victimes. J’ai une pensée pour ces victimes-là. Il faut que les responsabilités de tous les acteurs de la crise politique ivoirienne soient situées et puis, nous allons nous pardonner les uns les autres pour que nous puissions avancer ensemble. En ce qui me concerne : « pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés ». Que ce soit dans la Bible ou dans le Coran, cette parole a un sens.

De quel pardon parlez-vous ?

Parler à la Côte d’Ivoire plurielle. Mes frères Ivoiriens, certains avec qui les liens sont brouillés, ceux qui se sont sentis blessés, par quelques paroles sorties de ma bouche,  par un acte avéré, ici devant le monde entier, je voudrais humblement demander pardon à mes frères ivoiriens. Ceux avec qui je me suis brouillé, le temps est arrivé qu’on se donne la main. On ne va pas continuer à nous accuser indéfiniment, à vouloir écraser l’autre.

Je suis venu ici sur fond de crise, sur fond de conflit, je veux repartir sur fond de rassemblement des Ivoiriens. Pardonnons-nous les uns les autres. Moi, je demande pardon humblement, pas forcément parce que j’ai fait quelque chose mais il y en a pour qui Blé Goudé n’est pas forcément un ange. Avec ceux-là, on ne s’est pas compris. Je viendrai pour qu’on en parle, pour qu’on puisse s’expliquer et qu’on puisse comprendre qu’on a beaucoup de choses en commun. Moi, je veux repartir sur la base d’un rassemblement pour qu’on tourne la page. On n’a pas besoin d’attendre une élection pour qu’on demande pardon.

Ça n’a aucun sens. Si je faisais ce pardon alors que j’étais en prison, on me dirait que c’est parce que j’étais dans les liens de la détention que je parle ainsi. J’ai été acquitté totalement de toutes les charges. Je suis un homme libre. Et c’est en homme libre que je demande pardon. La Côte d’Ivoire a besoin de tous ses fils et de toutes ses filles. Je demande pardon humblement, je veux rentrer chez moi pour que je puisse contribuer au retour de la paix et au rassemblement des Ivoiriens.

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Est-ce que vous en voulez à Fatou Bensouda et à son prédécesseur Luis Moreno Ocampo, le procureur en chef, de vous avoir poursuivi et de ne pas l’avoir fait jusqu’à l’heure actuelle avec le camp adverse, malgré les promesses répétées ?

Non, pas du tout. Je n’en veux à personne. La procureure Fatou Bensouda a fait son travail. Ce n’est pas à moi de la juger. Ma défense et moi, nous devions prouver que je ne suis pas l’auteur des crimes allégués contre moi. Ce qui a été fait et ce qui a été admis par la Chambre de première instance et confirmée hier par la Chambre des Appels. Elle doit continuer son travail. Elle est à la recherche des auteurs des 3000 morts. Certainement qu’elle n’a pas choisi le bon cheval.

Est-ce que vous avez l’ambition de diriger un jour votre pays ? Est-ce que vous avez tourné la page de la politique ou vous pensez bien être un jour le président de la République de la Côte d’Ivoire ?

D’abord, je voudrais vous dire que je ne peux pas vous dire que je ne peux pas tourner la page de la politique. La politique et ma vie se confondent. C’est pourquoi, je suis ici. Je dis sur ce plateau que j’aimerais un jour diriger mon pays, la Côte d’Ivoire. C’est pour que la politique se fasse autrement. C’est pourquoi, je veux parler à la Côte d’Ivoire tout entière mais ici, point n’est besoin de parler aujourd’hui de candidature aux présidentielles.

Je dis, ayons le triomphe modeste parce que la Côte d’Ivoire est en crise. La seule campagne que je voudrais faire maintenant, c’est une campagne de paix. Je veux parler à tous les Ivoiriens. Je veux participer à apaiser les cœurs. Je voudrais remercier tous ceux qui m’ont soutenu, pendant cette traversée de désert et en même temps, insister pour ceux qui ne m’ont pas compris hier, à ceux qui se sont sentis blessés, je demande pardon. Je veux rentrer dans mon pays pour qu’ensemble, nous puissions parler de la Côte d’Ivoire. Je lance encore cet appel de pardon et je sollicite un geste de la part des autorités ivoiriennes pour que nous puissions rentrer chez nous.