HomePolitiqueAttaque de N’Dotré: des témoins brisent le silence et font des révélations

Attaque de N’Dotré: des témoins brisent le silence et font des révélations

Attaque de N’Dotré: des témoins brisent le silence et font des révélations
Attaque de N’Dotré: des témoins brisent le silence et font des révélations

Des assaillants, sortis de nulle part, ont attaqué l’ex camp de l’Opération des Nations-Unies en Côte d’Ivoire (Onuci), sis à N’dotré, dans la commune d’Abobo. Les faits se sont produits dans la nuit du mardi 20 au mercredi 21 avril 2021. Moins de 24h après, les riverains racontent cette nuit d’enfer.

Il est 14h15 ce mercredi 21 avril 2021, lorsque notre équipe de reportage arrive au carrefour N’dotré. L’espace grouille de monde, comme à l’accoutumée. Rien ne laisse deviner qu’un camp, situé à environ 1km de là, a été l’objet d’un assaut d’hommes armés la veille. Nous empruntons un véhicule pour le carrefour Sotrapim, du nom d’une entreprise bien connue dans les parages.

De là, nous nous installons à bord d’un taxi-moto, seul moyen de se rendre sur ces voies cahoteuses qui mènent au camp attaqué. Partout, des traces des affrontements. A bord de ce tricycle de couleur jaune-noire, nous traversons des habitations offrant à nos yeux des scènes de la vie quotidienne. Comme si ces habitants du quartier n’avaient pas été troublés outre mesure par les affrontements qui ont pourtant sorti de leur sommeil les riverains de cette ex-citadelle de l’Onuci, située à N’dotré.

Quand nous mettons les pieds devant l’entrée du camp, il est un peu plus de 14h30. Pour y accéder, le moto-taxi qui nous transportait a dû faire un détour, s’écartant quelque peu du trajet habituel. « La voie menant au camp a été barrée », nous apprend le motocycliste. Un riverain, qui avait pris place à nos côtés, nous explique alors que le camp a été attaqué dans la nuit d’hier.

« J’ai vu un corps ce matin à l’entrée du camp », ajoute-il. A notre arrivée sur les lieux, il règne un calme plat. On aperçoit quelques soldats, armes au poing, gilets pare-balles et casques bleus vissés sur la tête, lamine grave. La voie passant devant l’entrée du camp est barrée par des bancs et tables de fortune. Sur le bitume, des traces de sang. Devant le portail d’entrée, du sable recouvre une partie du bitume.

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Il sert à effacer les traces de sang qu’y a laissé le corps d’un des assaillants, qui a été refroidi lors des affrontements nocturnes. Du sang séché, il y en avait jusque dans une cour située en face, dont la façade donne sur l’entrée du camp. Au dire des riverains, l’un des assaillants, touché grièvement, a eu juste le temps d’escalader le talus tenant lieu de clôture pour se retrouver dans la cour.

On aperçoit d’ailleurs une trace de pas. A cette heure de la journée, les magasins tapissant le dos de la concession, sont tous fermés. La faute aux événements qui ont secoué le camp et ses environs la veille, nous expliquent des riverains. Dans une cour commune, à une dizaine de mètres de la première habitation, les échanges de tirs de la veille ont également laissé des traces.

Située jute en face du portail d’entrée du camp, elle a vu son portail perforé par une balle, qui est allée perforer un mur à l’intérieur de la cour. Plus loin, dans un parking situé à une trentaine de pas du camp, l’on peut voir d’autres stigmates de cette nuit de feu : des traces de sang sur le sol, sur une niche de compteurs électriques et jusque sur un tas de briques posées les unes sur les autres. Et encore du sang sur le sol juste à côté, imbibant une sorte de serviette. Tout à côté, une paire de gants bleus, un képi et une paire de basket noire.

Ici est venu échouer un des assaillants mortellement atteint, selon les témoignages de plus d’un riverain. Pour autant, la vie ne s’est pas arrêtée dans le périmètre du camp. Si des magasins sont restés fermés, la boutique environnante a ouvert, une tenancière de restaurant est venue, elle aussi, s’adonner à son train-train quotidien. Cette après-midi-là, trois clients s’y restaurent.

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« Même si nous avons peur, nous sommes quand même venues préparer parce que nous avions déjà fait le marché. Mais ça ne marche pas comme d’habitude, sans doute à cause des événements d’hier. On aurait dû ne pas venir aujourd’hui », nous explique la tenancière du restaurant. Sur le parking où l’un des assaillants a trouvé la mort, un bistrot d’infortune a repris du service ce mercredi.

A notre passage, trois jeunes s’y trouvent. Les riverains témoignent Bien que la vie semble avoir repris son cours au lendemain des affrontements, les riverains, eux sont encore marqués par cette nuit troublée par des tirs nourris. Surtout ceux dont les cours donnent sur le portail d’entrée du camp.

« Ils sont arrivés vers 1h du matin. Ce sont les tirs qui m’ont réveillé. J’ai pensé que c’étaient les militaires du camp qui s’entrainaient. Quand j’ai entendu dehors quelqu’un dire : les gars avancez, aujourd’hui on va rentrer. Mais tous ne parlaient pas français. Certains parlaient une ethnie qu’on ne connaît pas », raconte un habitant de la cour où a échoué un assaillant sérieusement blessé.

Vêtu d’un t-shirt noir, l’homme d’un certain âge, dit avoir suivi quelques séquences des affrontements « Aussitôt, j’ai entendu qu’on a tiré sur un. Je l’ai vu, à travers les vitres, sauter dans notre cour ici. Après j’ai vu certains qui avaient des machettes. Ils ont échangé des tirs jusqu’à 3h-4h du matin », renchérit-il. Et d’ajouter :

« Celui qui avait été blessé s’est trainé jusque vers les bananiers qui étaient dans notre cour. Il y est resté longtemps. Après, il s’est trainé jusque dans l’abri où une dame vend du placali et a continué son chemin jusque dans une maison inachevée. Les militaires ont suivi les traces de sang jusqu’à le démasquer là-bas. Il était ensanglanté. Il n’était pas mort. Ils l’ont soigné avant de le transporter sur un brancard ».

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Une autre dame, résidant dans la cour commune d’à côté, garde de douloureux souvenirs de cette nuit. En boubou jaune et tenant un bébé dans la main, elle revient sur ces heures interminables qu’elle et sa famille ont vécues. « C’est à partir de minuit, passé de 40 minutes qu’on a commencé à entendre des tirs derrière notre fenêtre. C’est ainsi qu’on s’est réveillés. C’était comme si c’était dans la maison que l’action se passait », rapporte-telle.

Puis elle s’attarde sur cet instant où le pire a failli arriver : « Ma maman nous a dit : couchez-vous ! Elle a pensé à appeler notre papa qui est en mission et qui devait rentrer la même nuit à 5h du matin. Comme elle ne parvenait pas à le joindre, lui a essayé de la rappeler. C’est à ce moment que l’un des individus a pris une machette pour taper notre fenêtre et a crié : Madame, c’est qui vous appelez ? Eteignez vos téléphones ! Si on entend encore que tu appelles, tu vas voir ! Donc nous nous sommes rassemblés au salon, couchés à plat ventre. En tout cas, ça n’a pas été facile ».

Encore marquée par cette nuit de folie, sa mère, quant à elle, lance un appel aux gouvernants. « La vie de nos enfants est en danger. On demande aux autorités de renforcer la sécurité pour mieux nous protéger, nous autres qui vivons dans les environs du camp », plaide-telle, tout en saluant le courage et la rapidité d’exécution de nos soldats, sans laquelle, selon elle, il y aurait eu bien plus de morts, notamment parmi les riverains.