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13 avril 2007 : Soro disait, « la Côte d’Ivoire ne retrouvera sa splendeur que si elle est unie »

13 avril 2007 : Soro disait, « la Côte d’Ivoire ne retrouvera sa splendeur que si elle est unie »
13 avril 2007 : Soro disait, « la Côte d’Ivoire ne retrouvera sa splendeur que si elle est unie »

Devoir de mémoire : L’intégralité du discours de Guillaume Soro, le 13 avril 2007, après l’Accord politique de Ouagadougou.

Ivoiriennes, Ivoiriens, Chers compatriotes,

Le 4 mars 2007, le dialogue direct engagé entre les anciennes forces belligérantes ivoiriennes a permis d’aboutir à l’Accord politique de Ouagadougou…

Ivoiriennes, Ivoiriens, Chers compatriotes,

Le 4 mars 2007, le dialogue direct engagé entre les anciennes forces belligérantes ivoiriennes a permis d’aboutir à l’Accord politique de Ouagadougou aux termes duquel a été formé un gouvernement que j’ai l’honneur et la lourde tâche de diriger. J’ai donc choisi de m’adresser à vous, dix jours exactement après mon entrée en fonction.

Après de nombreuses tentatives, la Côte d’Ivoire est aujourd’hui sur le point d’aboutir à une paix durable. La particularité de l’entente actuelle entre les Ivoiriens est qu’elle a été librement consentie par les principales parties au conflit: c’est le fruit de l’armistice.

Mais, même si l’accord est avant tout l’affaire des Ivoiriens, je tiens à rendre un hommage appuyé à Son Excellence Monsieur Blaise Compaoré, Président du Burkina Faso, Président en exercice de la CEDEAO. Sa patience, son ouverture, et sa parfaite connaissance de l’histoire et des hommes, ont permis de délier toutes les entraves au processus de paix.

Je tiens aussi à exprimer toute ma gratitude à la Communauté internationale, et plus particulièrement à la CEDEAO, à l’Union africaine et à l’Organisation des Nations Unies, non seulement parce qu’elles accompagnent patiemment la Côte d’Ivoire, depuis le début, dans sa quête de la paix, mais surtout parce qu’elles ont approuvé et soutenu, sans réserve, les pourparlers qui ont abouti à l’Accord de Ouagadougou.

Je sais également gré au Président Laurent Gbagbo pour avoir pris l’initiative du dialogue direct, dont l’actuel gouvernement et le nouveau cadre de Transition sont les résultats les plus immédiats.

Ma reconnaissance va, bien entendu, d’abord aux Forces Nouvelles qui ont accepté de s’inscrire dans la mouvance de ce dialogue direct, ensuite aux partis politiques qui l’ont soutenu et enfin à mes compatriotes qui l’ont accueilli favorablement et qui se le sont appropriés.

Beaucoup d’entre vous se demandent comment la paix, toujours espérée et sans cesse remise en cause, a pu être conclue, en définitive et si rapidement, entre des adversaires apparemment irréductibles. La raison en est simple. Quand deux armées se font face sans que l’une d’entre elles soit en mesure de l’emporter, il ne reste aux belligérants que deux solutions. Soit ils gèlent leurs positions respectives dans un immobilisme qui peut s’éterniser, soit ils recherchent un compromis en toute humilité qui règle les dissensions et ouvre de nouvelles perspectives.

Choisir l’inertie aurait été, pour les Ivoiriens, synonyme de plus de sang versé, de destruction, de marasme économique et de misère. La raison et l’amour de notre pays nous ont commandé de prendre le seul parti qui vaille : le parti de la vie, le parti de la paix, le parti de la réconciliation.

Ivoiriennes, Ivoiriens,

Nous avons malheureusement dû faire la guerre. Cependant, il faut convenir que quels que soient ses raisons et ses fondements, la guerre est à proscrire. Pendant cinq ans, au Nord comme au Sud, la surenchère a prospéré.

La guerre a fait beaucoup de mal à notre pays. Nous en sommes tous responsables à des degrés divers. De Secrétaire Général des Forces Nouvelles, je suis aujourd’hui le Premier Ministre de tous les Ivoiriens. En cette qualité et au non de l’institution que j’incarne, je demande Pardon pour tous et au nom de tous.

Nous devons à présent apprendre à pardonner. C’est à ce prix que la réconciliation est possible. C’est ainsi que nous pourrons réapprendre à vivre ensemble.

Tous, nous devons avoir un souvenir ému et une pensée pieuse pour les nombreuses victimes de notre affrontement fratricide.

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Aujourd’hui, nous devons tous, avoir l’humilité de ceux qui ont perdu la guerre. Cette humilité nous commande le rejet de tout extrémisme et de tout radicalisme. De l’humilité découlent le compromis et la paix.

Je vous invite tous à arrêter les invectives, les rigidités et autre radicalisme comme si nous avions gagné la guerre.

L’esprit de l’Accord de Ouagadougou est de nous sortir de la logique de l’affrontement, de l’adversité permanente et de nous inscrire dans le partenariat pour la paix.

La paix ne peut pas se réaliser contre un camp, fut-il jugé minoritaire. Retenons que c’est bien les minorités qui font l’Histoire, comme le souligne le philosophe.

L’Accord recommande une entente entre Ivoiriens pour réaliser la paix. Une fois encore, sortons des logiques d’affrontement. Pendant cinq ans, nous l’avons fait sans résultat. Nous nous sommes mesurés, injuriés, battus, tués sans résultat. Changeons de cap !

 Notre désir de paix et notre attachement commun au progrès de la Côte d’Ivoire nous ont amenés à concevoir un nouveau cadre institutionnel dans lequel les anciens adversaires ont une place de choix et un rôle essentiel à jouer.

Ce nouveau cadre de transition, en mettant face à face les deux ex belligérants, nous suggère une cohabitation. Il nous impose une nouvelle façon de gérer la Côte d’Ivoire. Nous l’assumerons avec nos différences, dans la dignité. C’est au nom de la paix que les belligérants d’hier, sont devenus des partenaires aujourd’hui.

Cette cohabitation n’est pas sans risque et péril. Mais l’intérêt supérieur de la Nation et la quête permanente de la Démocratie nous y obligent.

C’est dans ce contexte que j’ai accepté d’assumer les lourdes charges de Premier ministre, Chef du Gouvernement.

Je mesure toute la responsabilité qui m’incombe au moment où les Ivoiriens retrouvent l’espoir. N’ayant pas le droit de décevoir leurs attentes, je m’efforcerai d’exécuter scrupuleusement les prescriptions de l’Accord de Ouagadougou.

Dès mon entrée en fonction, j’ai formé mon gouvernement, en accord avec le Chef de l’Etat. Ma préférence allait à une équipe moins nombreuse, pour tenir compte de la crise économique qui frappe notre pays. Mais, j’ai choisi la voie du compromis et du dialogue. Et j’entends, dans la mesure du possible et pour ce qui dépend de moi, privilégier l’approche consensuelle dans la mise en oeuvre de l’accord et dans mes relations avec les autres responsables politiques ivoiriens. Je suis tenu, au demeurant, de respecter l’essentiel des accords de paix antérieurs, du reste visés par le préambule de l’Accord de Ouagadougou. Vous vous souviendrez que tous les textes internationaux que nous avons signés depuis le 24 janvier 2003 nous imposent un gouvernement avec les forces politiques signataires.

Ce gouvernement a une mission principale : résoudre la crise politique que vit notre pays. Pour ce faire, trois objectifs majeurs lui sont assignés.

Le premier objectif de cette nouvelle équipe, c’est la résolution de l’épineux problème de l’identification générale de la population. Cet important chantier recommande aujourd’hui une prise de conscience collective en dehors de tout calcul politicien. Toutes les Ivoiriennes et tous les Ivoiriens, au terme de ce processus, seront identifiés. Chaque citoyen aura une carte nationale d’identité pour jouir pleinement de ses droits et s’acquitter de ses devoirs. C’est un pari que notre volonté collective doit permettre de relever.

Le deuxième objectif du Gouvernement, c’est la réunification du pays. Nous devons recoller les deux bouts de la Côte d’Ivoire. Et la réunification de notre pays, nous en sommes convaincus, passe nécessairement par la réunification des deux Armées. La création du Centre de Commandement Intégré devra accélérer cet important programme, par l’engagement résolu et l’aspiration profonde de nos braves militaires, au Nord comme au Sud, à taire définitivement les armes.

En application d’un calendrier précis, déterminé par les deux parties, ces armes seront rangées dans les râteliers. Le désarmement montrera au monde entier notre volonté commune de tourner la page sombre de la crise. Bientôt, notre pays sera doté d’une armée unique, que nous voulons profondément attachée aux valeurs républicaines, valeurs qui caractérisent toute Force de défense nationale digne de ce nom. J’y crois résolument. Je vous exhorte tous à partager cette conviction.

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Le troisième objectif du Gouvernement, c’est l’organisation d’élections justes, transparentes et ouvertes à tous les citoyens. Il faut doter la Côte d’Ivoire d’institutions crédibles et démocratiquement élues. Les élections n’auront lieu que lorsque nous aurons, tous ensemble, validé les listings électoraux.

L’établissement de ces listes électorales se fera simultanément avec la production des cartes nationales d’identité. Pour y parvenir, nous devrons, tous ensemble, nous employer à réussir le redéploiement de l’administration, ainsi que la restauration de l’Autorité de l’Etat sur toute l’étendue du territoire national.

A cet effet, dans les tous prochains jours, un séminaire gouvernemental se tiendra pour s’approprier l’Accord politique de Ouagadougou et le décliner en une feuille de route cohérente.

Mes chers compatriotes,

Le temps est notre meilleur allié. Nous devons en faire le meilleur usage. Nous devons nous sortir du fétichisme des dates pour nous donner et les moyens et le temps nécessaire de notre action. S’il importe de respecter les échéances prévues par l’Accord de Ouagadougou, nous ne devons jamais perdre de vue la nécessité de la recherche constante du consensus. En voulant aller à marche forcée là où les cœurs ne sont pas, nous risquons de nous heurter à des résistances qui constitueront une source supplémentaire de blocage.

Mais déjà, l’espoir est là. Depuis la signature de l’Accord de Ouagadougou, nous nous sommes attelés à respecter les engagements pris. C’est ainsi que les décrets instituant le Centre de commandement intégré (CCI), la nomination du Premier Ministre et la nomination des membres du Gouvernement ont été signés. L’Ordonnance portant Amnistie générale vient d’être signée. Dès ce lundi 16 avril 2007, le Chef de l’Etat et moi-même assisteront à Yamoussoukro à la mise en place du Centre de commandement intégré. Et le même jour, suivra le premier acte de suppression de la zone de confiance

Mes chers compatriotes,

Je sais que vous attendez beaucoup du Gouvernement. La tâche sera ardue. C’est pourquoi tous les ministres doivent faire preuve de transparence et de rigueur dans la gestion des affaires publiques. L’équipe gouvernementale doit être au service de la nation. J’y veillerai personnellement.

Notre empressement à voir la fin de la crise ne doit pas nous détourner de la gestion ordinaire des affaires de l’Etat. Nous ne devons pas perdre de vue que la résolution de la crise, si importante soit-elle, doit aller de paire avec la bonne gouvernance. Nous devons tout d’abord remettre nos concitoyens au travail. La Côte d’Ivoire ne se reconstruira pas autrement que par le dur labeur de ses filles et de ses fils.

Il nous faudra entreprendre la restauration des infrastructures socio-économiques. Nous nous attacherons tout particulièrement à réhabiliter le système éducatif et le système de santé.

Chers Amis de la Côte d’Ivoire, Membres de la communauté internationale,

Vous devez occuper la place qui est la vôtre dans la mise en œuvre de l’Accord politique de Ouagadougou, car le succès du processus de paix nécessite la participation de tous les partenaires au développement de notre pays.

La Côte d’Ivoire est membre à part entière de la communauté internationale. Mon gouvernement aura besoin de l’appui de ses partenaires traditionnels : l’Union Européenne, la France, la Banque Mondiale et le Fonds Monétaire International. En retour, la Côte d’Ivoire assumera pleinement ses engagements vis-à-vis de la communauté financière internationale.

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Mes chers compatriotes,

Les chantiers que je viens d’énumérer sont immenses. L’obligation de résultat nous tient d’autant plus fermement que les Ivoiriens, nous le savons, attendent beaucoup de nous. Soyez persuadés, cependant, que je ne me laisserai pas rebuter par l’ampleur de la tâche.

Ivoiriennes, Ivoiriens,

Aucune nation ne peut prospérer dans l’incivisme, l’indiscipline, le laxisme, le désordre et l’injustice. L’Etat doit être fort et respecté. Il doit avoir le pouvoir de se faire respecter par les citoyens dont il est l’émanation.
Il est donc temps que la sécurité soit rétablie sur l’ensemble du territoire. Le défaut de sécurité a plongé dans la léthargie des pans entiers de l’économie nationale. Si nous parvenons à créer un environnement stable et apaisé, il n’y a pas de doute que l’économie renaîtra. L’environnement des affaires doit, sans attendre, être amélioré.

Je rencontrerai prochainement les chambres consulaires et les organisations patronales pour décider, ensemble, des mesures urgentes à mettre en œuvre. Le désespoir de notre jeunesse est palpable. Le désespoir de nos travailleurs a franchi la côte d’alerte. Les revendications sociales actuelles sont l’expression d’une angoisse profonde. Nous devons comprendre ces angoisses. C’est pourquoi, il faut rétablir le dialogue social et parvenir à réconcilier les attentes des travailleurs avec les moyens et les potentialités réels de l’Etat.

Je voudrais à présent m’adresser à la presse nationale, notre partenaire incontournable dans la gestion du processus de paix. Votre responsabilité est grande.

Je sais que votre secteur est l’un des plus sinistrés par la crise actuelle. Il y a urgence à agir. Je vous assurerai du soutien et de l’appui du gouvernement. Ensemble, nous réformerons l’économie générale des médias, comme le prescrit l’Accord de Linas Marcoussis. L’objectif sera de parvenir à la viabilisation des entreprises de presse et à leur insertion dans le tissu économique national. En retour, je vous exhorte à faire preuve, encore plus que par le passé, de professionnalisme et de discernement dans le traitement de l’information. Enfin, chers amis de la presse, permettez-moi de vous engager sur un autre vaste projet : celui de l’amélioration et du repositionnement de l’image de notre pays en Afrique et dans le monde. Ce projet sera le gage du retour de la Côte d’Ivoire dans le concert des nations. Nous devons nous montrer désormais comme une terre de paix et d’ouverture.

J’en appelle à la société civile pour qu’elle joue son rôle de sentinelle dans le nouveau schéma de transition. Le Gouvernement est disposé à l’accompagner dans cette mission.

Chers compatriotes,

L’injustice nous avait divisé. Notre amour commun de la patrie nous a permis de nous retrouver. Nous voici à présent tous réunis autour de la mère patrie. Entourons-là de nos soins jaloux.

Je voudrais établir avec vous un contrat de confiance. Je m’engage, devant vous, à faire preuve d’impartialité et à toujours privilégier le dialogue et la concertation, dans l’exercice de mes fonctions.

Concertation permanente avec le Président de la République. Concertation permanente avec le peuple. L’objectif demeure clair : mener le pays à des consultations transparentes.

C’est pourquoi, je tiens ici à réaffirmer cet autre engagement qui m’est cher : Au terme du processus de Transition en cours, je ne serai pas candidat à l’élection présidentielle. L’Accord politique de Ouagadougou l’a établit. Je m’y conformerai.

Ivoiriennes, Ivoiriens, chers compatriotes, chers Amis de la Côte d’Ivoire,

La Côte d’Ivoire ne retrouvera sa splendeur que si elle est unie, solidaire, réconciliée, respectueuse de sa diversité, tolérante, ouverte, juste et démocratique.

C’est cette Côte d’Ivoire là que tous, nous devons nous atteler à construire, ensemble, avec abnégation et avec détermination. C’est un défi collectif. Nous devons le relever à la face du monde. Que Dieu bénisse notre chère patrie.

Je vous remercie !

Source: yeclo

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