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Super League européenne de football : « C’est un putsch ! »

Super League européenne de football : « C’est un putsch ! »
Super League européenne de football : « C’est un putsch ! »

Serpent de mer du football européen, la Super League a été officialisée dimanche. Vincent Chaudel, économiste du sport, décrypte ce changement de paradigme.

Un séisme de magnitude 12 vient de secouer la planète football. Annoncée en grande pompe dimanche, la Super League européenne a été officialisée dans la soirée par douze clubs historiques et majeurs du football européen : Manchester City, Manchester United, Liverpool, Chelsea, Arsenal, Tottenham, le Real Madrid, le FC Barcelone, l’Atlético Madrid, la Juventus Turin, l’Inter Milan et le Milan AC. Après cette révélation, les clubs fondateurs ont démissionné de tous les postes liés à l’ECA (association européenne des clubs), mais aussi des postes liés au conseil d’administration, des commissions et des panels de l’UEFA, tandis que l’instance européenne, ainsi que plusieurs ligues et fédérations ont d’ores et déjà promis de répliquer en excluant les équipes dissidentes et leurs joueurs de leurs compétitions. La guerre est déclarée !

La nouvelle était, certes, attendue, elle a tout de même fait l’effet d’une bombe. Tard dans la soirée de dimanche, douze clubs européens ont officialisé le lancement de leur Super League, une compétition privée destinée à remplacer la Ligue des champions de l’UEFA. En réunissant les meilleures écuries européennes et les plus grands joueurs du monde, ce nouveau tournoi réunira vingt grands clubs comprenant quinze fondateurs et cinq invités (classés annuellement en fonction des performances de la saison précédente). « Ce projet est une très mauvaise nouvelle pour les instances du football, et du sport en général, car le modèle fédéral que l’on connaît si bien est en train de vaciller et les fédérations toutes puissantes sont remises en cause », explique Vincent Chaudel, économiste du sport et patron de l’Observatoire du sport business. « Si cette Super League aboutit, ce sera la prise de pouvoir des clubs et des joueurs et la chute du modèle fédéral. Concrètement, c’est un putsch ! »

La nouvelle compétition, dont le patron madrilène Florentino Pérez est devenu le premier président, est détaillée sur son nouveau site Internet. Il y aura ainsi deux groupes de dix clubs chacun, disputant des matchs à domicile et à l’extérieur. Les quatre premiers de chaque poule accéderaient alors aux quarts de finale avec des matchs aller-retour pour atteindre la finale, qui se jouera en un seul match, à la fin du mois de mai, dans un lieu neutre. Toutes les rencontres se joueront en milieu de semaine et tous les clubs continueront à concourir dans leurs ligues nationales respectives, préservant alors le calendrier traditionnel, au centre de la vie des clubs. « Si, comme prévu, le projet de Super League se limite à vingt membres, alors l’hypothèse d’une poursuite des compétitions domestiques par les clubs engagés dans ce nouveau tournoi est tout à fait envisageable. Mais pour survivre dans le temps, il faut que les ligues nationales se réduisent, en passant par exemple de 20 à 16 clubs par exemple. Cela accélérerait une transformation qui, à mon sens, est inéluctable. En revanche, la Ligue des champions est vouée à disparaître », assure l’économiste.

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L’argent, le nerf de la guerre

Depuis cette annonce, de nombreuses voix se sont élevées, dont celle de l’UEFA. L’instance continentale s’oppose logiquement à ce projet, et a d’ores et déjà prévu des sanctions pour les clubs engagés dans ce nouveau tournoi. « Les menaces que fait planer l’UEFA auront pour conséquence des procès qu’elle n’est même pas certaine de gagner. Mais le temps juridique n’étant pas le temps sportif, si l’instance se lance dans des poursuites contre ce projet, c’est avant tout pour en retarder l’échéance. Dans le même temps, l’UEFA peut aussi proposer en sous-marin une meilleure redistribution aux clubs et espérer trouver un accord. »

Car l’argent est le nerf de la guerre dans cette affaire. Et la Super League a de sérieux arguments pour convaincre les meilleurs clubs européens d’y participer. D’abord, la somme perçue par les équipes acceptant l’invitation s’élève à 355 millions d’euros (à titre comparatif, se hissant jusqu’en finale pour la première fois de son histoire lors de l’édition 2019-2020, le Paris Saint-Germain avait touché 134 millions d’euros de gain – soit trois fois moins !). Ensuite, le montant des bénéfices générés par cette Super League est estimé jusqu’à 5 milliards d’euros par saison (contre 2,04 milliards pour la C1 aujourd’hui). « Dans le projet de Super League, la clé est avant tout une meilleure redistribution des bénéfices aux clubs. L’équation est simple : les clubs ont besoin de plus d’argent. Soit on leur redistribue davantage, soit ils se réunissent pour créer eux-mêmes une formule dont ils seraient les seuls bénéficiaires et qui générerait plus de recettes. Une sorte de cartel est en train de se mettre en place », poursuit Vincent Chaudel. Mais les promoteurs du projet l’assurent, la Super League est vouée à « générer des ressources supplémentaires pour toute la pyramide du football ». Or, pour l’heure, rien n’infirme que ce nouveau tournoi rompra ainsi le modèle de solidarité et de redistribution sur lequel le football est basé, qui pourrait gravement déstabiliser l’industrie footballistique.

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Paris et le Bayern, grands vainqueurs ?

« Ce projet est porté par de puissants investisseurs – on parle de JPMorgan aux États-Unis qui devrait y investir jusqu’à 6 milliards d’euros – et des clubs historiques comme le Real Madrid, le FC Barcelone et la Juventus Turin, structurellement fragilisés par la conjoncture actuelle », décrypte Vincent Chaudel. « Avec cette Super League, les voiles sont enfin tombés. Les nouveaux riches, à qui l’on prêtait l’intention de tout faire exploser, n’ont pas été les moteurs de ce projet. Ce sont, à l’inverse, les clubs historiques qui ont poussé pour cette nouvelle formule. En Angleterre, Manchester City a fait partie des derniers clubs britanniques à accepter de participer à cette Super League, tandis qu’en France et en Allemagne, le Paris Saint-Germain comme le Bayern Munich ont eu bien raison de se positionner en retrait. Car si le projet va au bout, alors les marchés français et allemands seront incontournables et devront être intégrés. Comment prendre le marché allemand sans le Bayern et le marché français sans le PSG ? Paris et le Bayen sont donc les grands vainqueurs de cette séquence, d’autant qu’ils s’offrent par la même occasion les louanges de l’UEFA. » Ou comment faire d’une pierre deux coups.

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Pourtant, l’avènement d’une nouvelle ère dans le football européen n’est pas encore entériné, selon le spécialiste. « Il n’est pas tout à fait acquis que les Fédérations disparaissent. Si celles-ci sont capables de se réinventer, de reprendre la main et de rééquilibrer les choses, elles perdureront. Sinon, comme les dinosaures, elles sont vouées à l’extinction. Concernant l’UEFA, l’organisation peut tenter de redistribuer davantage aux clubs – qui investissent dans des grands joueurs pour proposer un spectacle toujours plus passionnant que l’UEFA vend en droits télé – et moins aux fédérations. Mais tout le problème est que l’UEFA se compose exclusivement des fédérations nationales… C’est le serpent qui se mord la queue ! »

À l’annonce de ce projet, la Fifa a réagi en exprimant« sa désapprobation d’une ligue séparatiste européenne fermée ». En outre, la plus haute instance du football mondial « appelle toutes les parties impliquées dans des débats houleux à s’engager dans un dialogue calme, constructif et équilibré pour le bien du jeu et dans un esprit de solidarité et de fair-play. » En France, la FFF et la LFP ont également fait part de l’opposition à travers un communiqué : « Aux côtés de l’UEFA, la FFF et la LFP se positionnent fermement contre un projet européen. Les rêves hégémoniques d’une oligarchie auront pour conséquence la disparition d’un système européen qui a permis au football un développement sans précédent sur le continent européen. » Le feuilleton ne fait que débuter…