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Grands électeurs, suffrage indirect… Quelques clés pour comprendre l’organisation de la présidentielle américaine

Grands électeurs, suffrage indirect… Quelques clés pour comprendre l'organisation de la présidentielle américaine
Grands électeurs, suffrage indirect… Quelques clés pour comprendre l'organisation de la présidentielle américaine

En 2016, Donald Trump à remporté l’élection avec 2,8 millions de voix de moins qu’Hillary Clinton. En cause : le fameux collège électoral. Comment fonctionne ce système ?

En 2016, Hillary Clinton a obtenu 2,8 millions de voix d’avance sur son adversaire républicain au vote populaire. Pourtant, avec 57 % des grands électeurs dans sa poche, c’est Donald Trump qui s’est installé dans le fauteuil du bureau ovale de la Maison Blanche. A cinq reprises dans l’histoire américaine, le candidat vainqueur de l’élection présidentielle américaine n’avait pas remporté la majorité des bulletins déposés dans les urnes par les électeurs américains. En cause : le collège électoral, caractéristique d’un système américain basé sur un suffrage universel indirect à un tour. Outre-Atlantique, le débat sur sa pertinence est bicentenaire. Mais d’autant plus prégnant récemment qu’avec l’élection de Georges W. Bush en 2000, deux victoires présidentielles en vingt ans contredisent le résultat du vote populaire.

Grands électeurs 

Les électeurs américains n’élisent pas leur président au suffrage universel direct mais votent dans chaque Etat pour désigner de «grands électeurs». Qui s’engagent, eux, à voter pour le candidat auquel ils affichent leur soutien. Pour la plupart inconnus du grand public – leurs noms n’apparaissent même pas sur les bulletins – ces candidats sont des élus ou responsables politiques locaux désignés par les partis.about:blank

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Décidé avec la Constitution de 1787 qui fixe les règles de l’élection présidentielle, le collège électoral se veut l’un des «filtres» (en plus autrefois d’un suffrage censitaire) voulu par les Pères fondateurs pour empêcher l’accession d’un despote à la tête de ce pays né d’une révolution. Mais «l’élection de Trump a fait couler beaucoup d’encre : beaucoup se sont interrogés sur la pertinence de ce système censé éviter l’arrivée d’une personne non vertueuse au pouvoir», note Elisabeth Fauquert, maîtresse de conférence à l’université Paris-Nanterre et spécialiste des Etats-Unis.

Chaque Etat dispose d’autant de grands électeurs que d’élus au Congrès. Autrement dit à la Chambre des représentants – un nombre calculé en fonction de la population – et au Sénat, où siègent deux représentants par Etat, indépendamment de la population. Chaque Etat est donc doté d’au moins trois grands électeurs. Comme les moins peuplés Vermont, Alaska ou Wyoming. A l’opposé, la Californie en a 55 et le Texas 38. Au total, le collège électoral est actuellement composé de 538 grands électeurs. Mais le chiffre à retenir, c’est 270, soit le nombre de grands électeurs à remporter (la moitié plus un) pour prendre la tête de la première puissance mondiale. 

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Une personne, une voix ?

«Le système est biaisé car certains petits Etats ont quand même trois ou quatre grands électeurs du fait de leurs deux sénateurs», analyse Anne Deysine, professeure des universités et auteure d’un ouvrage sur les pratiques politiques américaines. Les grands électeurs ne représentent pas partout le même nombre de citoyens. Pour la Californie, Etat le plus peuplé, un grand électeur représente donc un peu plus de 718 000 citoyens. Contre 210 000 pour chacun des trois grands électeurs du Vermont.

Cette organisation électorale s’explique aussi par des raisons géographiques : la grandeur du territoire, la diversité des cultures politiques. «Le système met donc en avant un grand nombre de petits Etats pour représenter toute cette diversité», explique Maxime Chervaux, professeur agrégé à l’Institut français de géopolitique.

Swing states

Dans la plupart des Etats, un système de winner takes all est appliqué. Littéralement, «le gagnant remporte tout». Et de fait, le candidat qui a obtenu le plus de voix dans un Etat revendique tous ses grands électeurs, indépendamment de sa marge de victoire. Ainsi en 2016, Trump n’a remporté la Floride qu’avec 1,2 point d’écart, mais il a raflé les 29 sièges de cet Etat crucial. Seuls le Maine et le Nebraska appliquent un scrutin proportionnel pour désigner leurs grands électeurs. L’élection peut donc se jouer sur quelques Etats pour lesquels l’issue du vote est incertaine. Ils votent alternativement républicain ou démocrate à peu de choses près : les fameux swing states qui concentrent la quasi-totalité de l’attention des candidats.

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Une fois élus, ces grands électeurs se rassembleront dans leurs Etats respectifs pour voter le 14 décembre (le premier lundi après le second mercredi de décembre, dit la Constitution). Mais le résultat sera évidemment connu bien avant.

La victoire en 2016 de Donald Trump a remis la question du collège électoral sur la table. Faut-il en réduire l’influence? Ou simplement le supprimer en faveur d’un suffrage universel direct? Aller vers davantage de proportionnelle ? Le National Popular Vote Interstate Compact (NPVC) est une option alternative : les 15 Etats signataires de cet accord s’engagent à donner leurs grands électeurs au candidat arrivé en tête du vote populaire. Mais les petits Etats qui ont bataillé pour avoir voix au chapitre ne sont pas de fervents défenseurs de cette alternative. De même que les Etats républicains, favorisés ces dernières années par le système électoral actuel.