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Tiken Jah Fakoly: « Les images de l’arrestation d’Alpha Condé doivent être une leçon pour les chefs d’Etat »

Tiken Jah Fakoly:
Tiken Jah Fakoly: "Les images de l’arrestation d’Alpha Condé doivent être une leçon pour les chefs d’Etat"

Tiken Jah Fakoly, le reggae man ivoirien était l’invité de Mirador Fim-Fm et de BT tv des chaines guinéennes. Dans une interview vérité, dénommée : « Parole en direct » ou « La fine bouche est bannie », Tiken Jah Fakoly a fait le tour de l’actualité politique en Guinée avec la chute d’Alpha Condé. Il s’est aussi prononcé sur le 3ème mandat d’Alassane Ouattara, le président ivoirien.

Quelle est votre impression après le coup d’Etat en Guinée contre le président Alpha Condé ?

En 2000, nous avons chanté pour qu’Alpha Condé soit libéré, parce que le reggae est dans le combat pour la démocratisation du continent africain. Il était en prison, moi, j’ai trouvé que c’était injuste qu’il soit en prison après les élections présidentielles et c’est ce combat que j’ai mené en Guinée et sur tout le continent africain. Maintenant, vous avez remarqué que quand il a commencé à déconner, j’ai pris position auprès du Fndc pour emmener monsieur Alpha Condé à reprendre le chemin de la démocratie pour laquelle il s’est battu il y a quelques des années. Donc voilà un peu mon impression.

Oui, mais quelle lecture faites-vous de la transformation de l’homme. On a l’impression que l’intellectuel africain change systématiquement quand il quitte l’opposition pour le pouvoir. Quelle lecture faites-vous de cette transformation ?

Mais je pense qu’il a pété les plombs, le pouvoir lui est monté à la tête. Il se croyait tout puissant. Je pense qu’il n’écoutait plus personne, y compris ses collaborateurs. Il se considérait comme un chef qui décide et voilà. Moi, je l’ai rencontré quand il est sorti de prison. Il m’a appelé pour me remercier, nous avons déjeuné ensemble à Paris. Ça m’a permis d’avoir un peu une idée sur la personne. Je crois que c’est quelqu’un qui n’aime pas être contredit, qui n’écoute pas forcément les conseils. Malheureusement, il est entré dans l’histoire par la petite porte. Je pense qu’il aurait fallu s’arrêter après les deux mandats pour montrer l’exemple. Il ne l’a pas fait et je pense qu’il a ce qu’il a cherché quelque part. Nous, nous devons condamner le coup d’Etat, mais le coup d’Etat de la Guinée, je pense que c’est un coup d’Etat populaire.

Un coup d’Etat salutaire on peut dire?

Salutaire et j’ai même vu des images ou des Malinkés dansaient dans les rues. Je ne dis pas que c’est tout le monde qui était content, mais en tout cas, les images qu’on a vues, c’est que tout le monde était fatigué d’Alpha Condé parce qu’il avait piétiné la démocratie. Il avait piétiné quelque chose pour laquelle lui-même, il s’est battue.

Quels ont été vos premiers sentiments quand vous avez appris la chute d’Alpha Condé, le dimanche dernier ?

Je n’étais pas surpris parce que déjà Alpha Condé avait fait un coup d’Etat constitutionnel. Donc, c’est vrai que le référendum a été organisé mais tout le monde savait que le « oui » allait l’emporter puisque c’est l’équipe d’Alpha Condé, quelque part, qui organise les élections. Et puis vous savez en Guinée, je pense qu’il faut profiter de la transition pour changer ça. Quand vous êtes président, alors tous les gouverneurs, tous les préfets vous suivent, tout le monde vous suit. Donc, ça fait que la démocratie ne peut pas prendre son envol réellement. Donc, moi je n’ai pas été surpris.

Quelle est votre réaction aujourd’hui par rapport à ce que dit la Cedeao qui demande la mise en liberté de l’ancien chef de l’Etat et même ce qu’ils appellent : revenir à l’ordre constitutionnel ? Or vous, vous parlez déjà d’un coup d’Etat civil. D’après vous qu’est-ce que la Guinée devrait faire aujourd’hui d’Alpha Condé ?

Moi, je pense qu’il faut qu’Alpha Condé soit jugé. Il faut qu’il vienne expliquer pourquoi tous ces manifestants ont été tués, car vous savez, la conscience humaine a besoin d’exemples. Si on ne corrige pas les erreurs, je pense qu’on va toujours continuer à faire des erreurs. Je pense que la Cedeao, c’est un club d’amis. Même l’Union africaine, quand ils se retrouvent en Ethiopie, ce qui est prioritaire, c’est les rencontres entre les chefs d’Etat, mais il n’y a pas de résultat. La seule vérité qui a été dite à l’Union africaine, à l’époque l’OUA, c’est le discours de Thomas Sankara. Donc, moi je pense qu’Alpha Condé doit répondre de ses actes, pour tous ceux qui ont été tués pendant son règne.

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Lui, il était opposant, il a manifesté. D’ailleurs, je vais vous conter une histoire, quand je vais en Guinée entre les deux tours et que nous devons organiser un concert pour la paix en Guinée, vous vous rappelez avec Malick Kébé, nous avons rencontré les opposants. Nous avons rencontré tout le monde. Notre objectif, c’était d’organiser un concert pour que les Guinéens puissent voir les deux leaders Alpha Condé et Cellou Dalein Diallo qui se disent c’est la politique sinon, ils sont des frères et quand nous avons rencontré Cellou Dalein, il était d’accord pour aller, mais quand nous avons rencontré Alpha Condé pour la deuxième fois, il nous a dit qu’il ne peut pas venir sur scène parce qu’il y a certains de ses militants qui ont été tués.

Il nous a montré des photos et il nous a dit : voilà, je ne peux pas aller sur scène donner la main à Cellou Dalein alors qu’on vient d’assassiner un de mes militants etc. Donc quand ce monsieur arrive au pouvoir et qu’on parle de 100 morts, qu’on parle de 60 morts pendant les manifestations, moi je pense que c’est un problème. Je pense qu’en Afrique, il faut qu’on montre l’exemple. Sinon celui qui va venir après Alpha Condé va faire la même chose, puisque de toute façon, Alpha Condé a fait ce qu’il voulait faire et puis il a été libéré.

Ça veut dire donc qu’il doit répondre de ses actes devant la justice ?

Ah oui, c’est ce qu’il faut faire. On a besoin d’exemple.

Donc, il ne doit pas être libéré de sitôt comme le demandent les chefs d’Etat de la sous-région ?

Non, je pense qu’il ne faut pas écouter les chefs d’Etat de la sous-région qui viennent négocier pour un ami. La Guinée a l’occasion aujourd’hui, avec cette transition, je l’espère, que les Guinéens seront ensemble parce que tant qu’il y aura les problèmes Peulh-Malinké, les Guinéens ne s’en sortiront pas comme en Côte d’Ivoire. La Côte d’Ivoire est aujourd’hui un pays bien parti mais il y a une division entre les ethnies et c’est un problème. Il faut que les Malinké, les Soussou, les Gbêrêssê, tout le monde se mette ensemble pour montrer ce qu’il souhaite pour que cette transition soit. Mais si les Guinéens restent divisés, quel que soit celui qui viendra, excusez du terme, il va enculer tout le monde comme Alpha Condé l’a fait.

Est-ce que depuis le coup d’Etat du 5 septembre, vous avez pris l’initiative de chercher à rentrer en contact avec le colonel Mamady Doumbouya. Si ce n’est pas fait, est-ce que vous comptez le rencontrer à Conakry et quel message vous pourriez avoir à lui délivrer ?

Effectivement, j’ai prévu aller à Conakry pour rencontrer le Colonel Doumbouya comme je l’avais fait pour Dadis Camara qui, malheureusement, ne m’a pas écouté. A l’époque, les Guinéens s’en souviennent, je suis allé le rencontrer. Je lui ai dit : monsieur le président, faites comme ATT (Ndlr : Amadou Toumani Touré, ancien président du Mali), ne faites pas comme Robert Guéi en Côte d’Ivoire. Organisez des élections et partez, peut-être un jour, le peuple vous rappellera. Malheureusement, je n’ai pas été écouté. Donc, c’est le même discours que je vais tenir devant le Colonel Doumbouya si j’ai la chance d’être reçu. En tout cas, je compte le faire au mois de novembre, parce que là, je suis en route pour le Canada. Je ne peux pas être libre avant novembre. Donc dès que je serai de retour en Afrique, j’irai en Guinée pour parler au Colonel Doumbouya.

Pour lui adresser quel message ?

Je lui dirai de prendre des exemples en Afrique. Il y a eu ATT qui a fait un coup d’Etat au Mali. Il a organisé les élections, il est parti et qui est revenu par la voie démocratique et qui a été élu deux fois. Je pense que si le Général Guéi avait fait la même chose en Côte d’Ivoire, au moment où Alassane Ouattara et Bédié etc ont commencé à se taper dessus, le peuple allait dire : écoutez Général Guéi, venez redresser la maison encore. Donc, c’est le conseil que je vais donner au Colonel Doumbouya. Je vais lui dire : allez-y organiser les élections, donnez la chance à la Guinée d’emprunter définitivement le chemin de la démocratie, on a cru à Alpha Condé, malheureusement, on a été déçus. Lors des prochaines élections en Guinée, il faut que les Guinéens insistent sur les débats télévisés, que tous les candidats viennent sur les plateaux de télé pour expliquer ce qu’ils vont faire quand ils vont être présidents.

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Il ne faut pas que les gens votent parce que les Peulhs doivent voter Cellou, parce qu’il est Peuhl ou bien on doit voter un tel autre parce qu’il est Malinké ou Gbêrêssê, etc. Il faut que les Guinéens soient ensemble pour exiger. C’est le peuple guinéen, maintenant à partir de cette transition, qui doit se mettre ensemble pour se faire respecter et pour donner leurs conditions à ceux qui doivent diriger le pays. J’ai l’intention, en tout cas, de venir en Guinée comme je l’ai fait à l’époque. Non seulement pour rencontrer le Colonel Doumbouya mais aussi organiser un grand concert pour faire passer des messages aux Guinéens.

Vous êtes favorable à ce qu’Alpha Condé réponde de tous les crimes qui lui sont reprochés suite aux différentes manifestations organisées en Guinée. Aujourd’hui, le débat se pose. Ceux qui sont favorables à cela sont quand même divisés. Devant quelle juridiction ? Le Fndc a déjà saisi des avocats qui ont déjà saisi la Cpi. Est-ce que, pour vous, Alpha Condé doit passer devant des juridictions guinéennes ou devant la Cpi ?

Vous savez, beaucoup d’Africains sont contre la Cpi. Mais, le problème, c’est qu’on n’a pas de juridictions crédibles sur le continent africain pour juger ces chefs d’Etat. Vous avez vu la dernière fois, il y a un tribunal qui a été mis en place pour juger Hissène Habré, alors il a été jugé et le tribunal avait promis de dédommager les victimes. Jusqu’ à présent, on attend. Donc, je pense qu’avant que nous ayons une juridiction panafricaine crédible, il ne faut pas négliger la Cpi. Parce qu’il n’y a que la Cpi qui effraie malheureusement nos dirigeants. Les dirigeants n’ont pas peur de leur peuple parce que des gens viennent, ils tuent, après, on les met en prison et ensuite, ils sont libérés.

Après, ils font la belle vie, donc, ça fait que les choses ne changent pas. Il faut que, pour une fois, comme cela a été fait au Mali à l’époque. Malheureusement, Moussa Traoré a été libéré après. Il était devenu même un sain à la mosquée. Ça, c’est les Africains hein… Maintenant, il faut que l’exemple soit montré, que les gens qui sont morts, c’est-à-dire les jeunes qui sont sortis pour aller manifester, et tués, il faut qu’on nous explique pourquoi et qui a fait ça etc. Sinon, celui qui va venir après Alpha Condé, il va faire la même chose.

Donc pour vous, Alpha Condé doit être jugé devant la Cpi ?

Ah, ce serait bien pour montrer l’exemple.

Alors, Facoly, la limitation de mandats en Afrique pose un sérieux problème. Moi, je voudrais qu’on se replonge un peu dans votre pays d’origine la Côte d’Ivoire. Pratiquement et quasiment, c’est le même syndrome, qu’est-ce que vous avez pu dire à Alassane Ouattara. Et malgré tout cela, Alassane Ouattara est aujourd’hui au pouvoir ? Il fait un 3ème mandat et tout va bien en Côte d’Ivoire. Qu’est-ce qui a marché en Côte d’Ivoire et qu’on peut importer en Guinée comme modèle démocratique aujourd’hui ? On vous accuse d’être plus dur à l’égard d’Alpha Condé que de Ouattara ? Que répondez-vous, Facoly ?

Non, je pense que ceux qui disent ça ne me suivent pas. Je pense qu’il faut aller voir les vidéos. Le morceau « fou-fou-fou » que j’ai chanté ou je parlais d’Alpha Condé, c’est un morceau que j’ai chanté d’abord contre Alassane Ouattara. Ça s’appelle 3ème dose. Si vous cliquez, maintenant-là, si votre technicien clique 3ème dose Tiken Jah Facoly, vous pouvez le faire passer et vos téléspectateurs le verront. Donc, voilà, j’ai chanté contre le 3ème mandat d’Alassane Ouattara. Il faut savoir que nous, on avait gagné le combat en Côte d’Ivoire, on avait réussi à faire reculer Alassane Ouattara et puis, il y a eu cet imprévu, la mort du Premier ministre à 3 mois des élections et puis Alassane Ouattara a décidé de se rétracter et de faire ce 3ème mandat. Là encore, j’ai fait une vidéo pour dire non au 3ème mandat d’Alassane Ouattara.

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Mais arrivé à un moment, j’ai fait preuve de responsabilité, car le combat contre le 3ème mandat, nous l’avons commencé au Burundi, au Sénégal d’abord. Là-bas, nous avons tout fait pour empêcher Wade et ensuite, il y a eu le Burundi où il y a eu 300 morts et des milliers de déplacés. Et après, il y a eu le Burkina-Faso où nous avons gagné le combat contre Blaise Compaoré. Il y a eu près de 40 morts et nous avons gagné. Et puis, en Guinée, il y a eu, je ne sais pas, près de 100 morts et arrivé à un moment, moi je me suis dit : on a perdu dans des endroits, on a gagné dans des endroits, mais il faut éviter que le sang de la jeunesse africaine continue d’être versé. Donc, j’ai fait preuve de sagesse et de responsabilité à un moment mais sinon, les preuves sont sur les réseaux sociaux. J’ai combattu le 3ème mandat d’Alassane Ouattara.

Effectivement la vidéo sur le 3ème mandat est visible sur nos pages Facebook ?

Même le clip, si vous le voyez, l’acteur principal qu’on a pris, vous verrez qu’il a imité Alassane Ouattara. C’était un message direct à Alassane Ouattara. Mais je pense qu’à un moment donné, il faut limiter le nombre de morts. Moi, je suis un artiste, je suis devant ma caméra dans ma famille à Abidjan ou à Bamako, les gens se font tuer sur le terrain. Donc, à un moment, j’ai juste fait preuve de responsabilité. Et de sagesse. Sinon, le combat contre le 3ème mandat, je n’ai jamais baissé les bras ni en Côte d’Ivoire ni dans les autres pays africains.

On ne le souhaite pas, si le même scénario se répétait en Côte d’Ivoire est-ce que Ouattara doit être jugé par une juridiction nationale ou internationale ?

Je pense que s’il y a des morts…, parce que vous savez, les juridictions dans nos pays ne sont pas à la hauteur, enfin, elles n’arrivent pas à prendre des décisions qu’il faut devant l’histoire. Donc, moi je pense que si le même scénario arrive en Côte d’Ivoire et qu’il y a des morts, je pense qu’il le faut, pour le moment avant qu’on ait une juridiction crédible… moi je suis un panafricaniste, je voudrais tellement qu’il y ait une juridiction crédible en Afrique pour que nous puissions régler nos problèmes entre nous. Mais  malheureusement, aujourd’hui, il n’y a pas. Donc, voilà, on parle de complot des Blancs, de la Cpi etc. Mais pour le moment, moi je vais vous dire, s’il n’y avait pas la Cpi, Alpha Condé, pour son  3ème mandat, il aurait fait 200, 300 morts et en Côte d’Ivoire, il y aurait eu plus de morts. Partout, il y aurait eu plus de morts. Ces gens-là, ils ont peur de la Cpi. C’est tout.

Ces images d’Alpha Condé, lors de sa capture, j’imagine que vous les avez visionnées également. Vous avez certainement vu cette vidéo où il est assis entre les militaires à bord d’un véhicule pour traverser Bambeto en direction de la Rpg. Qu’est-ce que ça vous inspire, ces images ?

Mais une grande leçon. Je pense que tous les dirigeants doivent regarder ça. Samedi soir, Alpha Condé était président et le dimanche matin, il ne l’était plus. Vous voyez. Donc, il est passé du top à zéro. Donc, c’est la preuve qu’il faut écouter son peuple.

Il faut de l’humilité ?

Oui, il faut de l’humilité et l’humilité, on l’a vu, comment monsieur Alpha Condé quand il parlait, il parlait comme un Dieu et finalement, voilà, il se retrouve là. Je pense que tous les chefs d’Etat qui voient ça… ça doit être une leçon pour eux. Je voudrais encore dire que la conscience humaine a besoin d’exemples. Si aujourd’hui l’Europe est stable, si aujourd’hui les gens respectent l’Europe, c’est parce que l’exemple a été montré. C’est comme ça que ça change. Tant qu’on va rester là à se baratiner, en train de dire : non, il ne faut pas faire ça, il faut qu’on soit radical si on veut que l’Afrique change. Si on n’est pas radical, on va rester là ; dans la même situation et les dirigeants qui vont arriver, ils vont s’enrichir. Alpha Condé était ici à Paris tous les jours dans un café. Aujourd’hui, il est milliardaire parce qu’il est devenu président (rires…).

Afriksoir

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