HomeInternationalTchad: la mort de Idriss Déby «jette une certaine incertitude» sur la...

Tchad: la mort de Idriss Déby «jette une certaine incertitude» sur la sécurité régionale

Tchad: la mort de Idriss Déby «jette une certaine incertitude» sur la sécurité régionale
Tchad: la mort de Idriss Déby «jette une certaine incertitude» sur la sécurité régionale

Plusieurs chefs d’État d’Afrique centrale et du Sahel assistent ce vendredi à N’djamena aux obsèques d’Idriss Déby, décédé brutalement cette semaine après 30 ans à la tête du Tchad. L’ancien président tchadien était devenu un pion essentiel sur l’échiquier sécuritaire panafricain : l’intervention de ses forces armées a été décisive sur plusieurs fronts, notamment au Sahel et au lac Tchad.

Sa disparition plonge plusieurs pays africains dans une période d’incertitude. Paul-Simon Handy, conseiller régional principal à l’Institut d’études et de sécurité de Dakar, est l’invité de RFI.

Plusieurs chefs d’États du continent font le déplacement pour assister aux obsèques d’Idriss Déby. Pourquoi Idriss Déby était-il si important pour ces chefs d’États ?

Déjà pour son règne assez long, il a vu passer plusieurs présidents, il est l’un des plus anciens au pouvoir. Mais aussi pour les services qu’il a rendus à pratiquement tous les pays voisins et au-delà du Tchad, notamment par l’engagement très remarqué de l’armée tchadienne dans la lutte contre le terrorisme au Sahel et dans le bassin du Lac Tchad.

Pourquoi Idriss Déby était-il si investi dans la lutte contre le terrorisme dans le bassin du Lac Tchad ?

Déjà pour des raisons de convictions personnelles : le président Déby a toujours eu une constante qui était notamment de rejeter l’islamisme politique, l’islamisme combattant. Et au-delà, le président Déby a évidemment investi dans ce qu’on peut appeler une diplomatie militaire, notamment en offrant les services de l’armée tchadienne, pour lutter contre Boko Haram. Parce que Boko Haram menaçait le territoire tchadien, et pour le président Déby il s’agissait aussi de la défense du territoire national tchadien, donc il y avait un intérêt de politique interne, mais aussi un intérêt diplomatique très clair, car le président Déby tirait certainement une rente de cet engagement diplomatico-militaire dans la sous-région.

Lire aussi:   "Je suis déjà mort trois fois", le pasteur qui veut ressusciter Arafat DJ fait des confidences (vidéo)

Sur quel front l’intervention tchadienne a-t-elle été un apport pour les pays de la sous-région ?

L’armée tchadienne était appréciée pour son efficacité, notamment sa capacité au combat dans des zones difficiles, il est aussi clair qu’avec le soutien militaire qu’elle apportait à ces pays, ainsi qu’aux alliés occidentaux, il se retrouvait dans une position diplomatique confortable, et politique confortable aussi à l’intérieur du Tchad. Il était admiré à l’extérieur, un peu moins à l’intérieur.

Quand vous parlez d’une rente qu’Idriss Déby a pu mettre en place à partir de cette diplomatie militaire, est-ce qu’on a une idée un peu des retombés qu’il a pu tirer de tous ces engagements-là ?

Les retombées étaient de plusieurs ordres : diplomatiquement il est clair que les Occidentaux fermaient un peu les yeux sur les évolutions démocratiques du Tchad qui n’étaient pas les meilleures. Ils fermaient un peu les yeux sur la situation des droits de l’Homme notamment en ce qui concerne les droits politiques.

Lire aussi:   Prédictions sur sa mort par un pasteur ivoirien, Samuel Eto’o répond

Il y avait certainement aussi une manne financière qui sera difficile de chiffrer certes, et finalement aussi un prestige personnel et aussi pour le Tchad :  ça a permis d’ailleurs au Tchad aussi dans la sous-région Afrique centrale de mener une diplomatie qui va bien au-delà des capacités économiques que le Tchad a. On voit que le poids diplomatique du Tchad est bien plus élevé que son poids économique réel.

En tout début d’année, Idriss Déby avait confirmé le déploiement de 1200 soldats dans la zone dite des trois frontières, est-ce que sa disparition ne va pas davantage fragiliser la lutte contre le terrorisme dans la zone du Sahel ?

Dans tous les cas, elle jette le Tchad, le Sahel, et certainement le bassin de Lac Tchad dans une période d’incertitude. C’est vrai que l’engagement du Tchad était certes l’engagement du gouvernement tchadien, mais c’était surtout l’engagement personnel du président Déby, et son absence crée un certain vide à l’intérieur du Tchad, qui fait face à une rébellion qui menace la stabilité du régime en place. Cette situation pourrait en effet amener les autorités de transition à faire des arbitrages et pourrait se conclure éventuellement par un retrait ne serait-ce que partiel de certaines troupes dont on aurait besoin en interne, et ceci créerait éventuellement un vide dans les dispositifs militaires multinationaux qui sont en place au Sahel.

Lire aussi:   Yopougon : Un élève de 15 ans retrouvé mort dans une piscine au quartier ''Millionnaire''

Est-ce que ce vide forcerait un partenaire comme la France à finalement renforcer son engagement dans le Sahel, ce qui n’était pas forcément prévu ?

Je pense justement que ce sont les arbitrages qui devront être faits ces prochains jours. La France est face à une situation assez compliquée, le président Macron a une élection qui arrive et un engagement militaire qui se prolonge n’est jamais une bonne chose en période électorale, car ça prête le flanc notamment aux attaques. Il faut dire aussi que la force Barkhane est arrivée à un point où elle doit se réorienter, se redéfinir . Il me semble que les discussions allaient plutôt vers un allègement de ce dispositif pour renforcer naturellement l’action des armées nationales et puis du G5 Sahel.