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Procès Sankara: « J’ai trouvé Blaise Compaoré dans une salle avec des cartes d’identité ensanglantées »

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Procès Sankara: "J’ai trouvé Blaise Compaoré dans une salle avec des cartes d’identité ensanglantées"

Les témoins du procès de l’assassinat de Thomas Sankara et douze de ses compagnons continuent de se succéder à la barre du tribunal militaire. Après le passage de l’ex-commandant du Bataillon d’intervention aéroporté, Boukary Kaboré dit le Lion, le Colonel à la retraite, Pierre Ouédraogo, a livré son témoignage ce 17 novembre 2021. L’ex-secrétaire général des Comités de défense de la Révolution (CDR) a fait savoir qu’au lendemain du coup d’Etat, soit la veille de son arrestation, il a été reçu au Conseil de l’entente par Blaise Compaoré qu’il a trouvé dans une salle avec près de lui des cartes d’identité ensanglantées.

La révolution fut une pièce de théâtre qu’on aurait considéré le colonel à la retraite, Pierre Ouedraogo, comme l’un des personnages principaux. C’est en effet lui qui était à la tête du secrétariat général des Comités de défense de la révolution (CDR). C’est d’ailleurs en cette qualité qu’il est cité comme témoin dans le cadre du procès sur l’assassinat du président du Conseil national de la révolution (CNR) et de ses douze compagnons d’infortune.

Avant de s’asseoir pour répondre aux questions des différentes parties, c’est un Pierre Ouédraogo aux reins visiblement encore solides, malgré ses 66 ans, qui s’est présenté devant le tribunal pour livrer son témoignage. Comme d’autres témoins qui l’ont précédé à la barre, l’officier retraité a juré de dire la vérité, rien que la vérité, et cela, conformément aux dispositions du Code de procédure pénale.

« Relatez-nous ce que vous savez des événements du 15 octobre 1987 et jours suivants ». Suite à cette invite du président, Urbain Méda, l’homme à la barre a commencé par dérouler son agenda du jour fatidique : « Ce jour-là, je ne me sentais pas bien lorsque je suis arrivé au bureau. A midi, je suis rentré à la maison et j’ai prévenu que je n’allais plus revenir. A la maison, lorsque j’ai constaté que je me sentais mieux, je suis retourné au bureau aux environs de 16 heures. Peu de temps après, j’ai entendu les tirs », a relaté le colonel retraité.

Poursuivant sa narration, le témoin a décrit une situation, pour lui, confuse après les coups de feu. Il a notamment expliqué qu’infructueuses ont été ses maintes tentatives de comprendre l’événement en joignant le Conseil et les différentes unités. « Au Conseil, j’ai joint Omar Traoré qui m’a dit que rien ne se passait là-bas. J’ai tenté en vain de joindre le commandant de l’ETIR, Michel Koama, et son adjoint. Pareil pour le génie militaire ». Pour mieux se renseigner, il voulut se rendre au Conseil. Mais le lieu était difficile d’accès à cause de la foule qui tentait de se sauver, explique Pierre Ouédraogo.

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Pierre Ouédraogo dit avoir trouvé Blaise Compaoré avec des cartes d’identité ensanglantées lorsqu’il a été reçu par ce dernier.
Selon le témoin, une hypothèse prévalait sur toutes dans sa tête : le Conseil a été attaqué et par des éléments venus de l’extérieur. C’est ainsi que les hommes commis à la sécurité du secrétariat général des CDR, « point névralgique de la Révolution », selon l’homme à la barre, ont été mis en alerte, prêts à riposter à une éventuelle attaque. « Toute la nuit, on est resté en position de combat. »

En état d’arrestation

Selon la déposition de l’ex-patron des CDR, les choses lui apparaîtront plus clairement tard dans la nuit. « Aux environs de 22 heures, Laurent Sédogo m’a joint au téléphone de la part du commandant Jean-Baptiste Lingani. Il m’a informé que le président Sankara est mort et que je serai reçu au Conseil par Blaise Compaoré. Le lendemain, je me suis rendu au conseil où j’ai vu Gilbert Diendéré qui m’a dit de patienter, que je serai reçu. A Diendéré, j’ai demandé s’il était au courant de la visite des familles de certains officiers, comme celle d’Ousséni Compaoré, par des éléments du CNEC. Il m’a fait savoir qu’il n’en était pas au courant mais qu’il allait faire cesser cela ».

Passée l’entrevue avec Diendéré, Pierre Ouédraoggo dit avoir rencontré Blaise Compaoré dans une salle où sur une table il a vu des cartes d’identités ensanglantés : « Blaise m’a dit qu’ils ont tenté d’arrêter Thomas Sankara et qu’il y a eu un accident. Je lui ai demandé si tel est le cas pourquoi donc le président est insulté à la radio ? Il m’a alors assuré qu’il allait faire arrêter cela », a encore expliqué le témoin.

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Après ce premier rendez-vous au Conseil, Pierre Ouédraogo dit avoir reçu un autre coup de fil l’informant du souhait de Blaise Compaoré de le rencontrer le 17 octobre au même lieu. Lorsqu’il s’y rend, il est accueilli par Arsène Bongnessan Yé qui lui fait part de l’indisponibilité de Compaoré. « J’ai donc décidé de répartir au Secrétariat des CDR, Bongnessan m’a fait savoir que je ne pourrai pas. Puis j’ai été désarmé avant de rentrer chez moi. A domicile, j’ai trouvé que ma garde a été remplacée. J’ai compris que j’étais en état d’arrestation », a expliqué celui qui sera ainsi placé en détention dès le 17 octobre avant de recouvrir la liberté une année pleine plus tard.

« Je n’ai pas vu le coup venir »

« Voyiez-vous le coup venir, vous en tant que SG des CDR ? » A cette question du président, le témoin a répondu par la négative avant d’expliquer que deux à trois semaines avant le putsch, des jets de tracts d’intimidation étaient perpétrés contre les membres des CDR. « J’ai demandé un appui des éléments de l’Escadron motocycliste commando de Pô qui ont été postés sur différents axes de la ville mais qui n’ont pas pu mettre la main sur un jeteur de tract. Mis à part cela, Thomas Sankara avait déclaré au cours d’une réunion que Blaise Compaoré pouvait prendre le pouvoir s’il le voulait car lui, il n’avait pris aucune disposition de riposte ».
Mais quel dispositif était-il prévu pour contrer toute attaque intérieure au Conseil ?, a voulu savoir le parquetier. Et le témoin de répondre : « Une attaque intérieure au Conseil n’a jamais figuré dans aucun des scénarii ». Le témoin précise cependant que l’ETIR, en tant qu’unité la plus proche du Conseil, était celle qui était prompt à contrer toute attaque extérieure et aurait pu réagir si elle avait reçu l’information de ce qu’une attaque se produisait à l’intérieur du Conseil.

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Des mains de la Libye et de la France ?

Par des questions en lien avec les conditions d’arrestation et de libération de Pierre Ouédraogo, le parquetier a voulu en savoir davantage sur la responsabilité de certains accusés dans le dossier. A ce sujet, celui dont la libération a été assortie d’une radiation des effectifs de l’armée a expliqué que l’ordre de sa mise en détention ne pouvait provenir que de Blaise Compaoré, signataire probable, selon lui, de l’acte de radiation.

Une année après son arrestation, Pierre Ouédraogo dit avoir été libéré par le général Diendéré.

Pour la première fois depuis l’instruction du dossier à la barre, sauf erreur ou omission, il a été question d’éléments déclencheurs à l’international qui ont favorisé le coup d’Etat. C’est là une préoccupation de Me Anta Guissé, avocate de la partie civile, qui est remontée aux déclarations du témoin devant le juge d’instruction avant d’inviter celui-ci à s’expliquer davantage. Selon Pierre Ouédraogo, « la Révolution dérangeait pas mal l’ordre international ». Il explique qu’à l’époque, des idéologues de la gauche française soutenaient l’action révolutionnaire tandis que ceux de la droite était loin d’épouser cette politique.
Outre le cas français, le colonel retraité a fait savoir que les relations entre le Burkina de Sankara et la Libye de Mouammar Kadhafi n’étaient pas au beau fixe. Et de préciser que la pomme de discorde était l’installation d’une Légion islamique au camp de Kamboinsé, à la périphérie nord de Ouagadougou. Selon l’officier, une base militaire à Ouaga allait servir, pour le guide libyen, de base arrière pour attaquer d’autres pays. « Pour la souveraineté de notre pays, il n’était pas question que cette base militaire soit installée », a martelé Pierre Ouédraogo qui affirme avoir eu personnellement plusieurs rencontres avec le président Kadhafi dont l’autre ambition était d’appliquer son Livre Vert au Burkina, ce que le président Sankara avait également refusé.
Après le colonel Pierre Ouédraogo, c’était le tour du témoin Basile Guissou, un des idéologues de la Révolution sankariste, de livrer son témoignage.

 

dakarmatin

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