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Niger: cinq défis à relever pour le futur président

Niger: cinq défis à relever pour le futur président
Niger: cinq défis à relever pour le futur président

 Le vainqueur de l’élection présidentielle de dimanche au Niger devra relever cinq grands défis étroitement liés : les violences jihadistes, la montée du rigorisme islamique, la pauvreté, la démographie galopante et la corruption.

Attaques jihadistes

L’attaque sanglante (34 morts) à Toumour le 12 décembre le rappelle: le Niger est sous la menace constante de Boko Haram à l’Est et d’autres groupes jihadistes sahéliens à l’Ouest. 

« Le nombre de victimes civiles en 2019 a été le plus élevé jamais enregistré depuis le début de la crise sécuritaire en 2015, avec plus de 250 morts et plus de 250 enlèvements », selon l’ONU.



L’économie en pâtit, avec des dépenses d’armement qui représentent 20% du budget de l’Etat et une activité rendue difficile dans certaines zones. L’armée veut encore doubler ses effectifs. Le pays accueille des bases française et américaine pour lutter contre les jihadistes. Quelque 260 écoles sont fermées dans les zones d’insécurité.

L’islam se radicalise

Si le Niger est à 98% musulman, il reste un Etat laïc. Dans la grande majorité, on pratique l’islam malékite, le plus répandu en Afrique de l’Ouest, réputé plus tolérant que le wahhabisme. 

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Selon des observateurs, il existe cependant de fortes pressions pour en faire une République islamique alors que la religion déborde de plus en plus sur l’espace public avec des rues occupées par les fidèles ou l’arrêt des cours à l’heure de la prière.

« Port du voile quasi généralisé chez les femmes et construction incontrôlée d’écoles coraniques et des mosquées se poursuivent à vitesse grand V », constate El Hadj Maman Sani, imam d’une mosquée de Niamey.
 



Le wahhabisme gagne en influence et une radicalisation inquiétante progresse. En juin 2019, une église a été incendiée à Maradi (centre sud), après le vote d’une loi régissant l’exercice du culte.

« Il y a des signes de radicalisation. Dans la région de Diffa, les jeunes réclament une application stricte de la charia, ils fustigent l’interdiction du mariage des jeunes filles et leur scolarisation, défiant ainsi l’autorité de l’Etat », estime Bello Adamou Mahamadou, chercheur au Laboratoire ouest-africain de sciences sociales, pour qui la pauvreté pousse de nombreux jeunes vers les groupes jihadistes.

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Pauvreté 

Selon la Banque mondiale, « en 2019, environ 42% des Nigériens vivaient avec moins d’1,90 dollar par jour ». Une situation aggravée par le coronavirus, qui « entraînera une augmentation de la pauvreté ».

Le Niger avait affiché en 2019 une croissance économique « robuste de 6,3 % », mais elle devrait baisser à +4,1% en 2020 en raison de la pandémie. Près d’1/5e de la population a besoin d’aide humanitaire. Le Niger était classé 227e sur 228 pays sur l’Indice de développement humain de l’ONU en 2018.

Corruption

Le scandale des surfacturations à l’armée portant sur des dizaines de millions d’euros, découvertes après un audit demandé par le président Issoufou, rappelle que le pays est gangréné par la corruption. 

Depuis 2011, le Niger a gagné une quarantaine de place à l’indice Doing Business de la Banque mondiale, mais ne pointe qu’au 132e rang sur 190 pays. Il est 120e sur 198 à l’indice de l’ONG Transparency international. 
 

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« La corruption touche toutes les couches de la population, de la plus haute à la plus basse et beaucoup de Nigériens, à tort ou à raison, pensent qu’elle n’a jamais été aussi étendue. « C’est un des facteurs de progression de l’islam radical », estime une source d’une ONG.

Démographie

Avec 7,6 enfants par femme, le Niger détient le record mondial de fécondité. On estime que la population passera de 23 millions aujourd’hui à… 70 millions en 2050!

Pour l’universitaire et ancien ministre Chérif Chako, le Niger est à un moment crucial : « La démographie peut être un avantage à condition de réussir la transition », dit-il, désignant plusieurs axes de travail: meilleure éducation et formation notamment des femmes pour diminuer la fécondité, amélioration des circuits financiers, notamment le micro-crédit, et changement des mentalités.

« Sinon l’Etat va s’essouffler », souligne-t-il. La croissance, les infrastructures réalisées ou le nombre de professeurs engagés, même s’ils augmentent en valeur absolue, seront toujours insuffisants sans transition démographique.