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Le pape François « arrêté » pour trafic d’enfants : une Fake news née à Montréal

Le pape François « arrêté » pour trafic d’enfants : une Fake news née à Montréal
Le pape François « arrêté » pour trafic d’enfants : une Fake news née à Montréal

Rapidement disséminée sur le web, cette rumeur sans fondement a été lancée par un site canadien connu pour son penchant pour la désinformation.

La folle rumeur évoque l’arrestation du pape François au courant de la nuit du 10 janvier et son inculpation rapide pour 80 chefs d’accusation parmi lesquels possession de pornographie juvénile et trafic humain. L’unité des crimes sexuels de la police italienne, l’armée italienne et la Direction des enquêtes antimafia seraient impliquées. La totale, quoi!

Toujours selon ces allégations non fondées, les forces de l’ordre auraient même procédé à une coupure de courant sur l’ensemble du territoire du Vatican pour procéder à cette arrestation en toute discrétion.

Convaincus que des élites mondiales pédophiles et satanistes dominent le monde, des adeptes de la mouvance QAnon ont relayé cette rumeur. Pour eux, il s’agit des premiers signaux d’une vague d’arrestations massive et imminente. Lin Wood, avocat pro-Trump notoirement conspirationniste, a relayé cette « information » délirante sur son compte Parler avant que ce réseau social soit mis hors service par sa mise à l’écart des serveurs du géant Amazon.

En Europe, en plus des sites et des comptes liés à QAnon, cette rumeur a aussi trouvé écho auprès des franges les plus radicales de la droite ultracatholique hostile au pape François.

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Un article à ce sujet publié par le site Pro Fide Catholica a été partagé sur Facebook à près de 30 000 reprises selon l’outil d’analyse des réseaux sociaux CrowdTangle. Ce site créé pour « la défense de la foi catholique traditionnelle » est piloté par Laurent Glauzy, qui figure dans une recension des complotistes influents menée par l’organisme Conspiracy Watch.

Des racines montréalaises

Plusieurs journalistes dédiés à la vérification de faits tant en Europe qu’aux États-Unis ont établi le site web canadienConservative Beaver comme étant la source première de cette rumeur qui dépasse l’entendement. Les recherches effectuées par les Décrypteurs pointent également dans la même direction. Les personnes responsables de ce site n’ont pas répondu à nos demandes d’entrevue.

Capture d'écran de l'article publié le 10 janvier par le site canadien Conservative Beaver sur l'arrestation alléguée du pape François.

Conservative Beaver se décrit comme un site d’informations « alternatif » et « autofinancé » né il y a une décennie dans les résidences étudiantes de l’Université d’Ottawa, maintenant basé à Montréal en tant que journal « underground’. La plupart de ses articles sont non signés et touchent une variété de sujets, mais les articles les plus populaires véhiculent de la désinformation.

En novembre dernier, le site de vérifications de faits « LeadStories » avait déterminé que « Conservative Beaver » était à l’origine de la fausse nouvelle de l’arrestation, à Philadelphie, du multimilliardaire Georges Soros pour ingérence lors des élections présidentielles américaines.

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Faux sur toute la ligne

Dans le cas de la fausse arrestation papale, « Conservative Beaver » s’attribue l’exclusivité de cette nouvelle obtenue grâce à un « contact confidentiel » en Italie.

Pourquoi aucun média italien ou européen n’y fait écho? Parce qu’un magistrat italien aurait imposé une « ordonnance de non-publication pour l’ensemble de l’Europe », selon ce qu’affirme le site web canadien, sans preuve à l’appui.

Par ailleurs, alors que la rumeur laisse entendre que le pape a été arrêté dans la nuit du 9 au 10 janvier, le souverain Pontife a pourtant procédé à l’Angélus, sa messe hebdomadaire, en direct à la télé, le dimanche 10 janvier, confortablement installé dans la bibliothèque du palais apostolique du Vatican.

Le lundi 11 janvier, l’agenda public du pape François indique aussi clairement qu’il a participé à cinq audiences dans le courant de cette seule journée.

Dans les jours après les « arrestations », l’activité papale a aussi été observable sur le fil Twitter du Vatican où le pape évoquait notamment l’assaut violent contre le Capitole à Washington, un thème également abordé par François lors d’une entrevue accordée à la chaîne italienne Canale 5, diffusée le 10 janvier.

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Relativement aux gazouillis papaux publiés au lendemain de sa détention alléguée, le site Conservative Beaver a rétorqué dans un ajout à son article original que ces messages avaient été écrits à l’avance et programmés par l’équipe de communication du Saint-Siège et que des agents du FBI étaient même en route vers Rome pour interroger le pape en détention. Ni plus ni moins.

Autre incongruité à signaler : le Vatican est un État souverain doté de son propre système de justice, d’ailleurs récemment réformé pour le rendre plus indépendant. Il serait ainsi plus qu’étonnant que la justice italienne s’immisce avec un tel fracas au cœur même du Vatican, où règne le pape, dernier monarque absolu de droit divin.

Ce n’est pas la première fois que le pape François fait l’objet de fausses nouvelles. Conscient de cette réalité, il avait d’ailleurs évoqué le phénomène de la désinformation sur les plateformes numériques dans une lettre encyclique datée du 3 octobre dernier. Le souverain pontife y décrivait alors ces plateformes web comme « des circuits fermés qui facilitent la diffusion de fausses informations et de fausses nouvelles, fomentant les préjugés et la haine ».