Home International Entre insouciance et espoirs, avoir 10 ans à l’indépendance en Centrafrique

Entre insouciance et espoirs, avoir 10 ans à l’indépendance en Centrafrique

Entre insouciance et espoirs, avoir 10 ans à l’indépendance en Centrafrique
Entre insouciance et espoirs, avoir 10 ans à l’indépendance en Centrafrique

60 ans après l’indépendance, les témoins de cette époque se raréfient. Les plus nombreux encore à se souvenir sont les enfants de l’époque, les Oubanguiens.

Des enfants jouent au football dans la cour d'une école utilisée comme centre électoral lors de la présidentielle et des législatives du 14 février 2016 à Bangui, RCA.

Cheveux gris moutonneux, lunette de guingois sur le nez, Henri Gouandjia a gardé le regard espiègle. « J’en ai fait des bêtises, j’étais terrible », raconte le papy aux 70 printemps. Il se souvient avec nostalgie de son enfance à l’époque de l’indépendance. Avant de fréquenter le collège Émile-Genty comme la majorité de l’élite de l’époque, il va à l’école du centre-ville. Il ne peut pas oublier son directeur, Monsieur Simon. « Il avait son casque colonial, son short gris jusqu’aux genoux, décrit-il. Ah c’était Je ne sais pas… Vous imaginez professeur Tournesol en un peu plus grand et bien c’est Monsieur Simon ! »

Zaheer Gouandjia, la tante d’Henri Gouandjia, opine de la tête. Cette centenaire, l’une des rares du pays, est encore très coquette. Petite croix en bois autour du cou, foulard sur la tête, anneaux dorés aux oreilles, Zaheer Gouandjia  se remémore cette période pleine d’enthousiasme : « Bangui était une ville propre. Les choses ont beaucoup changé. Ce n’est pas comme aujourd’hui où il n’y a rien de beau à voir et que les gens vivent dans une misère alarmante. À l’époque, il était difficile de passer les week-ends chez soi. Les samedis, on partait au km5 ou quelque part ailleurs pour s’amuser. » Seuls quelques blancs et de rares Centrafricains possèdent alors une voiture. Elle se rappelle de son vélo tant convoité. « C’était un vélo cadre dame que mon mari m’avait acheté. Mais mon père n’était pas d’accord, alors on l’avait revendu », se remémore-t-elle encore pleine de regrets.

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Zaheer Gouandjia.

Le récit de la colonisation

Parmi les congénères d’Herni Gouandjia au collège Émile-Genty, Louis Papeniah, 74 ans aujourd’hui, est un ancien ministre et député. Il anime aujourd’hui le cadre de concertation des élections. Son passage par cet établissement scolaire a changé son quotidien. Originaire d’un village de la Lobaye ce ne sont que des nouveautés qui l’attendent, « sur le plan alimentaire, sur le plan logement, sur le plan habillement… » Habitué au manioc et aux feuilles de coco, il lui faudra un peu de temps pour s’accommoder de la nourriture de la cantine tenue par des Français. « On mangeait des lentilles, du pain, des pâtes alimentaires des choses de ce genre-là. On pensait peut-être que c’était un symbole de changement qualitatif. On se sentait privilégiés, détaille-t-il. Je me souviens, j’avais des amis d’enfance qui étaient dans des écoles périphériques, parfois je leur gardais un morceau de pain pour qu’ils participent également à notre aisance si on peut appeler cela ainsi. »

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Les Oubanguiens, les enfants nés avant l’indépendance, n’ont pas connu directement les affres de la colonisation mais ont grandi avec leur récit. « À l’époque, l’indépendance ça veut dire l’absence du travail forcé, l’absence de la chicotte, l’absence de tous les traitements discriminatoires », raconte encore Louis Papeniah. C’est la fin de la culture du coton et de la production du caoutchouc.

Louis Papeniah.

Mêmes échos chez Didier Kallanda, âgé d’une petite dizaine d’années à l’indépendance. « On a entendu, on a eu les échos, de ces moments terribles, ce qui fait qu’en allant vers l’indépendance, une sorte de gigantesque enthousiasme s’était emparé du pays », se remémore le conseiller chargé de la délibération parlementaire. Devant son bureau, assis sous la carte de la Centrafrique, Didier Kallanda, se remémore avec émotion son enfance. Originaire de Mbaïki, il partage son temps entre l’école et la forêt. Au mois d’août, les communautés locales enfants compris vont ramasser les chenilles dans la forêt, un moment très important de cohésion et de partage. C’est à ce moment-là, dans les camps de bois construits temporaires que les histoires sont racontées, et les traditions transmises.

Didier Kallanda.

Un rôle déterminant

La période de l’indépendance est celle de tous les espoirs, et les enfants s’en nourrisent. La musique bat son plein dans les rues fleuries de la capitale. Les orchestres jouent dans la rue quand la lune est dégagée. Henri Gouandjia se remémore avec bonheur la senteur des ylang-ylang du centre-ville, aujourd’hui disparus.

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Ces enfants n’imaginaient pas qu’ils auraient un rôle déterminant dans la construction de leur pays. Ils sont devenus de hauts cadres du pays, des hommes politiques, des journalistes… Certains se sont engagés, se sont opposés à Bokassa, ont vécu l’exil, des vies parfois agitées, comme celle de leur pays. Poussés vers la sortie, parmi la jeune génération, certains estiment qu’ils ont été favorisés et n’ont pas su conduire le pays comme il le fallait. Aujourd’hui grands-parents, ils regardent avec nostalgie cette période d’insouciance et d’espoir.

 Comment la jeunesse voit son avenir

60 ans après, de jeunes trentenaires estiment que les politiques n’ont pas réussi à relever le défi, qu’il reste encore beaucoup à faire pour les populations : éducation, accès aux soins, infrastructures multiples. La Centrafrique est dans une année électorale, les Centrafricains vont élire leur président mais aussi leurs députés. Ces jeunes trentenaires, Loïc Rémy Ngotto, Brice Ekomo Soignet, William Ndjapou, souhaiteraient devenir députés. Ils nous donnent leur vision de ce que la jeunesse peut apporter de plus.

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