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Alpha Condé : une tragédie shakespearienne

Alpha Condé : une tragédie shakespearienne
Alpha Condé : une tragédie shakespearienne

L’histoire d’un homme est aussi celle de ses reniements. Que reste-t-il aujourd’hui d’Alpha Condé, homme politique pro-démocratie, pro-alternance qui a payé ses idées de sa personne dans les geôles du défunt président Lansana Conteh ? Bien peu, avoueraient moult analystes de la vie politique guinéenne.

Que reste-t-il du vent démocratique qui a balayé la Guinée et porté au pouvoir le natif de Boké ?

Le spectacle d’un homme politique reniant ses convictions pour s’éterniser au pouvoir est désormais commun sous les tropiques. Mais il y a, dans la pièce qui se donne actuellement à Conakry, un petit air de tragédie. Tragédie à l’échelle d’un pays, certes, mais également tragédie humaine sous le sceau de l’échec. Car ce n’est pas trop s’avancer que de dire d’Alpha Condé qu’il a échoué.

Les lendemains chantants promis en 2010 lors de son arrivée au pouvoir se sont révélés des mirages. La Guinée d’Alpha Condé s’est plus illustrée par les scandales, la mauvaise gestion, la prévarication que par les performances économiques ou un mieux-être social. A cet égard, les chiffres sont évocateurs : le pays est aujourd’hui au 156ème rang des pays les plus attractifs pour l’investissement étranger sur 190 pays (rapport Doing Business 2020). Le Guinéen moyen vit toujours avec moins d’un euro par jour.

Face à ces indicateurs accablants, il ne restait plus à l’homme qu’une seule solution pour préserver son image aux yeux de l’Histoire. Partir dans la dignité. Préserver son image de démocrate, et laisser à l’Histoire le soin d’un jugement qui, s’il ne l’absout pas totalement, aurait pu lui trouver des circonstances atténuantes. Mais voilà, le grand Alpha ne l’entend pas comme ça.

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Depuis quelques années, s’offre au monde le spectacle d’un homme prêt à toutes les contorsions et à tous les reniements pour garder sa mainmise sur le pouvoir. Réforme constitutionnelle controversée. Candidature pour un 3ème mandat qui suscite de farouches oppositions. De partout, viennent les signaux pour le dissuader de se lancer dans cette funeste aventure. Mais l’octogénaire n’en a cure. Il répond à chaque argument du tac au tac et n’hésite pas à employer l’ultima ratio regum pour faire triompher sa position.

Triste spectacle que celui d’un homme qui se renie. Mais encore plus triste spectacle quand pour atteindre son but, on est prêt à user de tous les artifices, même les plus dangereux. Car désormais, le grand Condé ne s’arrête plus à rien. Les Malinkés, son ethnie d’origine, constituent 25% de la population du pays ? Parfait. Il joue donc sur la carte ethnique au mépris des conséquences potentielles de cette option. « Ce que vous devez comprendre, c’est qu’il y a 10 candidats qui ont formé un bloc. Donc si le malinké qui est candidat et qui n’est pas du RPG, vous votez pour lui, vous aidez Cellou Dalein Diallo (principale figure de l’opposition et peul NDLR). »

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Du côté de l’opposition, cette attitude lui a valu une réponse cinglante. « C’est malheureux qu’un vieillard de 90 ans veuille créer une tension dans le pays, créer un comportement qui peut amener une subversion dans le pays. C’est très dommage ! Ce fait en dit long sur le comportement de celui qui a été considéré pendant toutes ces années comme quelqu’un qui luttait pour la démocratie », estime Saïkou Yaya Barry, secrétaire exécutif de l’Union des Forces Républicaines (UFR). Pour sa part, Hadja Mady Kaba, coordinateur régional du Parti des Démocrates pour l’Espoir (PADES) estime que « c’est l’illustration parfaite de l’incapacité du président Alpha Condé à présenter un projet de société au peuple. Il devrait plutôt nous dire combien d’emplois sont créés, de kilomètres bitumés ou encore de centres de santé construits depuis son arrivée au pouvoir. Mais si vos promesses dépassent vos actions, vous faites toujours comme ça. Il veut nous diviser pour régner, mais heureusement que les Guinéens sont maintenant matures. » De son côté, Cellou Dalein Diallo, principal opposant à la tête de l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG), estime, inquiet, que « si le repli communautaire et l’ethnocentrisme continuent d’être utilisés comme des moyens de propagande, la Guinée reculera et elle sera exposée à des violences qui peuvent déboucher un jour ou l’autre sur la guerre civile. »

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Suffisant pour calmer l’octogénaire ? Pas le moins du monde. Et pourtant, il lui suffit de regarder vers le Mali pour en comprendre les dangers. Mais Alpha Condé n’est plus à ce niveau de réflexion. Tout son esprit est tourné vers la date du 18 octobre. Ses muscles sont bandés et son corps est prêt pour ce nouveau challenge. Aujourd’hui, il ne s’agit plus pour lui de reculer. Il a tellement perdu.

Difficile de croire qu’il pourrait encore perdre plus. Mais le risque est présent. Car la coalition qu’il a en face de lui peut triompher dans les urnes, et le mécontentement qu’il suscite dans l’opinion publique peut combler le fossé du vote ethnique qui est généralement la norme lors des élections africaines. A ce moment-là exactement, Alpha Condé aura tout perdu, et peut-être méditera-t-il ces paroles d’un sage prononcées il y a 2000 ans : « A quoi sert-il à un homme de gagner le monde, s’il perd son âme ? »

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