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Allemagne : Présidentielle 2020/ Le RHDP divise la diaspora ivoirienne/Des démissions en cascade

Allemagne : Présidentielle 2020/ Le RHDP divise la diaspora ivoirienne/Des démissions en cascade
Allemagne : Présidentielle 2020/ Le RHDP divise la diaspora ivoirienne/Des démissions en cascade

Le soutien au candidat Rassemblement des Houphouetistes pour la Démocratie et la Paix ( Rhdp), Amadou Gon Coulibaly, à l’élection présidentielle de 2020, vient de faire exploser le parti « Force aux peuples ». Dr. Sou Paulin Daniel, Membre fondateur, ex-2e-Vice-Président, en charge de la Coopération Internationale de « Force aux Peuples », vient de claquer la porte. En cause, l’arrimage au Rhdp, décidé, unilatéralement, par le président de ce parti, Gelbin Innocent.

A Gnelbin Innocent, Président de Force aux Peuples
Élection présidentielle de 2020 en Côte d’Ivoire : Ma lettre démission à la suite du soutien de Force aux Peuples au candidat du RDHP. Pour être conforme à mes convictions, être en harmonie avec ma conscience, pour le non-reniement des idéaux fondateurs du parti !

Camarade Président,

Le développement des évènements depuis un moment au sein de Force aux Peuples et la nouvelle ligne adoptée par le parti dans la perspective des élections présidentielles d’octobre 2020 en Côte d’Ivoire, m’ont amené à une longue et profonde réflexion, à la suite de laquelle, j’ai décidé de mettre fin à toutes activités au sein de Force aux Peuples et de démissionner du parti.

En posant cet acte, j’entends être en paix avec ma conscience et rester fidèle à mes convictions et idéaux, qui ont fondé et continuent de guider mon engagement militant depuis plus de 20 ans. A compter de ce jour, je ne vais plus ni associer mon image, ni mettre mon énergie physique, intellectuelle et matérielle au service de ce parti.

1. En prenant la parole ici pour exposer mes points de vue, je n’ai aucune prétention de me considérer comme étant un tout sachant, ayant le monopole de la science infuse et de celui de la vérité, parce que la vérité a un caractère polysémique ; elle rejaillit à la lumière du débat d’idées et s’inscrit dans une dynamique intersubjective.

2. Je ne voudrais pas non plus que ma position soit interprétée comme celle de quelqu’un incapable de s’insérer dans un collectif ou de quelqu’un à la recherche d’un quelconque leadership, se mettant dans une posture fractionniste et incapable de franchir le pas du compromis dynamique et du consensus dans l’intérêt général.

Si mon individualité comptait tant, je n’aurais pas pu consacrer mon énergie des années durant au service de Force aux Peuples, mais j’allais plutôt en tirer un profit personnel, en étant ailleurs d’autre, où une simple communication suffit pour être dans de bonnes grâces.

3. Car j’estime que le combat dans lequel nous sommes engagés, n’a pas pour objectif le positionnement personnel pour une quelconque ascension socio-économique et pour une cueillette de prébendes ; c’est donc un combat qui dépasse le destin individuel.

J’estime encore qu’à un haut niveau de responsabilité, on ne traite pas un membre fondateur d’un parti avec mépris et condescendance, tout simplement, parce qu’il est contre la tentative de bradage du parti, mettant entre parenthèse, l’idéal pour lequel nous nous sommes engagés.

4. Enfin, on ne dirige pas un parti politique, censé faire la politique autrement que ce qui est servi aux peuples ivoiriens depuis plusieurs décennies, comme un général de division à la tête d’un casernement militaire, où des soldats doivent obéir aux ordres têtes baissées. Pour tout parti de gauche, les principes élémentaires du centralisme démocratique, le débat démocratique non biaisé par des basses manœuvres, la liberté d’opinion et d’expression, contraires à la pensée monolithique, devraient être une réalité.

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A cet effet, on ne peut pas prendre une initiative solitaire de changer la ligne politique originelle du parti, décidée au congrès en cours de route. Cela étant, avant de m’appesantir sur la nécessité pour Force aux Peuples de contracter une alliance ou non, j’aimerais faire un bref rappel du contexte de la création du parti.

1. Du contexte de création de Force aux Peuples

Force aux Peuples naît dans un contexte historique marqué à la fois par des facteurs endogènes et exogènes.

En ce qui concerne les facteurs endogènes, Force aux Peuples a été créé dans un environnement de crise sociale et politique, qui secoue la Côte d’Ivoire depuis plus de trois décennies, et dont les répercussions sont encore visibles aujourd’hui.

A ce climat délétère de crise sociopolitique, s’ajoute, à quelques exceptions près, une crise de gouvernance des pouvoirs successifs, dans la mesure où les différentes offres politiques existantes, ont montré leurs limites, en termes d’implémentation de politiques publiques de développement à mêmes d’assurer le progrès social partagé.

Au niveau de la pratique de la culture démocratique, le peuple ivoirien vit sous un régime autocratique depuis près de 10 ans, avec pour corollaire la violation incessante de la loi fondamentale, la répression des libertés individuelles et collectives, l’emprisonnement d’opposants sans procès et une justice obéissant aux ordres du pouvoir exécutif.

Sur le plan économique et social, la privatisation de tous les secteurs vitaux de l’économie, l’inflexion dans les modalités de régulation de l’économie, le manque de vision prospective en matière de planification économique et sociale, ont, malgré les chiffres exponentiels de croissance macro-économique affichés, accentué la pauvreté.

Aujourd’hui, la moitié de nos concitoyens vivent sous le seuil de la pauvreté, sans une véritable protection sociale.Toutes ces tares, sont chapeautées par une gestion opaque sur fond de promotion du clanisme, du rattrapage ethnique, du tribalisme, clientélisme, de corruption rampante et du narcotrafic.

Au niveau des facteurs exogènes, Force aux Peuples nait dans un contexte néocolonial de domination, consacrant la mise sous tutelle définitive de notre pays sur le plan politique, économique, monétaire, avec en toile de fond son occupation militaire sous le prétexte de lutte contre le terrorisme, stratégie du pompier-pyromane, s’inscrivant dans la droite ligne de la guerre larvée entre les puissances occidentales et la Chine pour des intérêts géopolitiques, stratégiques et économiques.

La mainmise du système capitaliste de type néolibéral sur notre pays, avec les goulots d’étranglement imposés par ses institutions financières internationales, la politique de surendettement du pouvoir en place, l’extraversion de notre économie, voulue et dictée par le système dominant, ont pour conséquences directes son maintien dans la division internationale du travail, pour qu’il soit et reste, à l’instar de tous pays africains sous domination, essentiellement pourvoyeur de matières brutes destinées aux industries du système capitaliste néolibéral.

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C’est dans cette optique donc que nous avons jugé opportun de proposer une autre vision de la société comme alternative crédible à l’offre politique existante. La construction d’une telle œuvre, exige un minimum de temps et de patience, nécessite un travail méticuleux, de la persévérance, sans toutefois poser des pas de compromission pouvant porter un coup fatal à l’œuvre à bâtir, parce que les changements ne s’opèrent pas de manière subite.

Au regard de la situation sociopolitique actuelle de notre pays et de la gouvernance du régime Ouattara et du RHDP, tout citoyen et observateurs honnêtes de la vie politique nationale, peuvent asserter, que rien n’a fondamentalement changé pour que ce régime mérite un plébiscite en matière d’alliance électorale.

2. Du sens d’une alliance dans le contexte sociopolitique actuel en Côte d’Ivoire

La configuration du paysage politique dans notre pays et le découpage électoral, attestent, on ne peut plus clairement, qu’aucun parti politique ne peut faire cavalier seul pour gagner une élection organisée de manière transparente.

A cet effet, l’alliance en elle-même ne pose pas un problème, mais la question est de savoir quel est donc le type d’alliance à tisser et pour quels objectifs ? Une alliance de conquête de pouvoir, doit à mon humble avis, obéir à plusieurs paramètres. Entre autres, il s’agit d’examiner la question des rapports de force.

Pour contracter une alliance politique de conquête de pouvoir, tout parti doit être capable d’infléchir la position de l’autre partie contractante sur la base, non seulement de son poids, sa représentativité sociologique sur le terrain et dans l’opinion, mais aussi de sa capacité à influencer la gouvernance dans un Etat, parce qu’ayant au moins une petite assise parlementaire.

Or, créé il y a à peine deux ans, que pèse Force aux Peuples sur la scène politique ivoirienne ? En tout cas rien du tout. C’est pourquoi la démarche d’allégeance au régime Ouattara, n’est rien d’autre que de l’opportunisme politique, motivé par la satisfaction d’intérêts de positionnement personnel pour des prébendes.

On ne crée pas un parti politique pour le transformer en un club de soutien, mais on prend cette initiative historique, parce qu’on a un idéal et une vision politique innovatrice de rupture pour le changement systémique. Pour y parvenir, tout parti politique sérieux se donne les moyens autonomes pour atteindre l’idéal qui a milité en faveur de sa création.

Une alliance de conquête du pouvoir doit aussi obéir aux paramètres de l’éthique politique, il y a une éthique en politique, car l’exercice du pouvoir n’est pas au service des choses, mais le pouvoir s’exerce pour des populations, lesquelles ont besoin de protection sur tous les plans:

La brutalité avec laquelle ce régime a été installé au palais, avec l’appui militaire des forces exogènes d’occupation, intervention militaire en violation du droit international, les milliers de victimes innocentes de la crise dite post-électorale, la gouvernance de ce régime marquée par des scandales financiers à répétition sur fond de détournement des deniers publics, de passation de contrats gré à gré, au mépris des textes en vigueur, le braquage des investissements de centaines de milliers d’ivoiriens dans la crise de l’agrobusiness, le déguerpissement des milliers de nos concitoyens expropriés de leurs patrimoines et jetés à la rue, les souffrances infligées aux populations ivoiriennes extrêmement appauvries, sont autant de faits et situations qui devraient interpeller la conscience individuelle et collective de tous les citoyens ivoiriens.

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Enfin, une alliance de conquête du pouvoir, ne devrait pas faire l’économie des aspects idéologiques et d’orientations économiques. A cet effet, on peut s’interroger sur le caractère du régime ivoirien. La réponse est évidente : le régime ivoirien est un régime à la solde du système de domination néocolonial. Un tel régime privilégiant les intérêts exogènes au détriment de ceux de notre pays et des peuples de Côte d’Ivoire, ne mérite ni aujourd’hui, ne méritera ni demain mon soutien et celui de tous ceux qui aspirent au véritable changement.

Tous ceux qui s’engagent en politique, doivent comprendre, que pour impacter leurs contemporains et s’inscrire au panthéon de la postérité, Ils doivent faire preuve de patience, d’abnégation, d’intégrité et d’une capacité de résilience à toutes sortes de pressions, dans la construction d’une œuvre qui se veut pérenne. Il faut être à même de porter un certain nombre de valeurs et non courir vers le gain facile basé sur la promotion de faux modèles.

Dans le contexte sociopolitique actuel de notre pays, la seule alliance qui mériterait d’être examinée, c’est celle qui pourra regrouper toutes les forces de changement composées de patriotes, révolutionnaires, paysans, des travailleurs, ouvriers, progressistes, socialistes, démocrates et de la société civile autonome pour jeter les bases de l’alternance démocratique, qui devra déboucher sur l’alternative systémique crédible pour la transformation structurelle, sociale et économique de notre pays, en faveur de la domestication des richesses et du progrès social partagé.

En acceptant, après une longue période de réflexion, de mettre mon énergie intellectuelle à la gestation des textes du mouvement démocratique (2iDé), puis de ceux qui ont conduit à la création du parti, c’est sur la base de la confiance que j’ai agi en toute conscience. Cette confiance ayant pris un coup et l’idéal de départ ayant été dévoyé par la nouvelle trajectoire du parti, c’est donc en toute liberté, que je décide d’opérer la rupture devant l’histoire et le peuple souverain de notre pays.

Je te remercie camarade Président, pour la fructueuse collaboration que nous avons eue depuis la période d’avant la gestation du parti jusqu’à sa légalisation et implantation progressive sur le terrain. Je souhaite bon vent à la Direction et à l’ensemble des structures du parti dans la nouvelle aventure.

Fait à Wuppertal, le 12 juin 2020

Dr. Sou Paulin Daniel, Germaniste-Sociologue-Enseignant, Membre fondateur et ex-2e Vice-Président, en charge de la Coopération Internationale de Force aux Peuples.