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Algérie : la CAN 2019, le football et le hirak

Algérie : la CAN 2019, le football et le hirak

Algérie : la CAN 2019, le football et le hirak

Les Algériens ont célébré la victoire de leur équipe nationale à la demi-finale de la Coupe d’Afrique des nations (CAN 2019) durant toute la nuit du dimanche au lundi 15 juillet. Leur fête s’est terminée à l’aube comme elle avait commencé, avec des accolades, des embrassades et l’espoir de sortir encore quelques jours plus tard célébrer l’obtention du trophée. La finale, qui opposera les Fennecs aux Lions de la Téranga, aura lieu vendredi en fin de journée au Caire.

Dans la capitale comme dans d’autres villes à travers le pays, tout le monde ou presque commence à programmer sa journée. Où voir le match ? Avec la famille ? Se retrouver entre amis ? Faut-il descendre plus tôt pour participer aux manifestations  ? Vendredi, c’est aussi le jour des marches hebdomadaires contre le système en place qui durent depuis près de cinq mois. Certains ont leur programme bien ficelé. Sortir manifester après la grande prière, comme d’habitude, et quitter plus tôt pour voir le match avec ses proches. Pas question de rater les manifestations devenues, au fil des semaines, pour nombre d’Algériens comme un devoir. Inimaginable aussi pour eux de ne pas assister à l’exploit des protégés de Djamel Belmadi, qui écrivent, quel que soit le résultat, l’une des plus belles pages de l’histoire du football algérien.

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Football et politique

« Ces succès, ce sont les nôtres. Nous l’avions quand même amplement mérité », lâche, tout sourire, un supporteur. Des succès réconfortant tout un peuple qui s’est insurgé le 22 février après s’être senti humilié de manière insupportable par le cinquième mandat annoncé d’un président moribond. Difficile de dissocier l’ascension des Fennecs du hirak dans un pays où ce sport de masse a toujours été fortement lié à la politique.

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Cela remonte à loin. Et, même à avant l’indépendance du pays, quand le Front de libération nationale (FLN) a eu cette idée extraordinaire de constituer une équipe de football. Des joueurs ont ainsi quitté leurs clubs en France pour participer à leur manière à la guerre de libération d’un pays. Le rôle du football sous le système du parti unique et lors de l’avènement du pluralisme en Algérie ne fait que confirmer ce lien étroit. « Cela peut paraître absurde, mais ce n’est peut-être pas un hasard si l’Algérie est arrivée en finale de la Coupe d’Afrique des nations en 1990, en pleine ouverture démocratique, et qu’elle renouvelle l’exploit en 2019. Espérons qu’elle remporte le titre comme en 1990 », s’enthousiasme Ameziane, 45 ans, rencontré dans un café où il suivait la demi-finale. « L’Algérie retrouve graduellement sa place dans l’histoire et le monde », commente une internaute sur Facebook.

C’est exactement ce sentiment de dignité et de fierté retrouvées que renforcent doucement et sûrement les victoires successives des Fennecs à la CAN 2019 chez les Algériens. « Il y a quelques mois, personne ne pensait que ce peuple, dont je fais partie, allait s’insurgeait contre ce cinquième mandat de la honte et contre ce système pour retrouver sa dignité. Qui l’aurait cru ? » s’interroge Ameziane.

Ces Algériens qui sortent dans les rues depuis plusieurs semaines pour un État de droit vénèrent leur équipe nationale sans oublier leur combat. Ils aiment voir dans une vidéo les Verts interpréter « La Liberté », un message aux manifestants. La chanson de Soolking était reprise en chœur durant plusieurs vendredis par les manifestants, notamment dans les rues de la capitale.

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Débat

La joie et les scènes de liesse après les succès de l’équipe nationale ont également donné lieu à un débat. Certains craignent de voir les Algériens se détourner du mouvement et rater une occasion historique de changer un système en place depuis plusieurs décennies. Ils trouvent les célébrations peut-être un peu indécentes au moment où un supporteur a été condamné pour un slogan tandis que d’autres personnes sont détenues pour des drapeaux.

Ils rappellent que le sport, et particulièrement le football, est aussi « l’opium du peuple ». Le président déchu en a d’ailleurs usé et abusé pour « gagner du temps ». « Une équipe nationale de football qui gagne, c’est la vie rêvée d’un pouvoir politique en général, et d’un pouvoir échouant en particulier », rappelait le chroniqueur de Libertéen 2009, quelques semaines avant un match décisif de l’équipe nationale et bien avant le face-à-face avec l’Égypte. Le contexte est complètement différent.

La « casa d’El Mouradia »

Difficile de douter de la conscience et de l’engagement de ceux qui étaient parmi les premiers à sortir nombreux dès la fin de la grande prière du vendredi 22 février. Il suffit pour s’en convaincre de réécouter les chants entonnés sur les gradins des stades de football par les supporteurs de clubs locaux durant ces dernières années. Leurs contenus lèvent le voile sur une jeunesse longtemps sous-estimée et méprisée mais parfaitement consciente des enjeux politiques.

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« La casa d’El Mouradia » (El Mouradia désigne le palais présidentiel, NDLR) était devenue durant les premières manifestations du vendredi un hymne de la contestation du cinquième mandat d’Abdelaziz Bouteflika. La chanson composée par un groupe de supporteurs d’un célèbre club algérois en 2018 relate le mal-être des Algériens et revient sur les quatre mandats du président déchu. Que dit cette chanson ?

« C’est bientôt l’aube et je n’ai toujours pas sommeil. Je consomme à petite dose. À qui la faute et qui en est responsable  ? Nous en avons marre de cette vie. Le premier [mandat], on dira qu’il est passé, ils nous ont eus avec la décennie [noire du terrorisme]. Au deuxième, l’histoire est devenue claire, la casa d’El Mouradia. Au troisième, le pays s’est amaigri, la faute aux intérêts personnels. Au quatrième, la poupée est morte et l’affaire suit son cours. (…) Le cinquième [mandat] va suivre, entre eux l’affaire se conclut. »

Depuis le 22 février, les supporteurs sont sortis de cette marginalité dans laquelle ils étaient confinés durant plusieurs années. Leurs chants, leurs slogans et leurs symboles sont au cœur des manifestations du mouvement populaire.

Vendredi 12 juillet, les manifestants, dont les fervents supporteurs sortis dans les rues d’Alger et d’autres villes du pays, lançaient comme pour rassurer leurs camarades encore sceptiques : « Vous ne pourriez pas du tout nous avoir avec le ballon, on obtiendrait notre liberté, advienne que pourra. » Ils l’ont également chanté pour célébrer la dernière victoire des Verts.

Source: Lepoint

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Cet article a été relayé par un programme informatique depuis le site Ici Abidjan

 

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